1 octobre 2014

Les contes de la Forêt Magique : " Tambour Major et le colis de France"

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Il était une fois, dans la Forêt Magique, des petits lapins et des petits écureuils qui aimaient beaucoup s'amuser, rire et chanter. Ce sont les petits animaux de la Forêt Magique. Les animaux de la Forêt Magique ont un grand copain : Tambour Major. Il est très grand, et très costaud. C'est le plus fort de toute la Forêt Magique ! Avec lui on s'amuse, on pleure, on rit, il n'y a pas de méchant, que des gentils. Et Tambour Major aime beaucoup ses amis de la Forêt Magique.

Au pays de la Forêt Magique on aime recevoir des colis postaux. Beaucoup.

Décaheter un colis postal, c'est comme ouvrir une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Parfois on tombe de haut...

L'autre jour donc, le gentil facteur laissait dans la boîte à lettres un bien curieux colis, tout de marron vêtu, léger comme une plume. Aussitôt, tous les écureuils des alentours se précipitèrent pour avertir Tambour Major de cette nouvelle. Même Bridou le Caribou s'empressa lentement pour venir voir ce que Peter le Facteur apportait de si bon matin.

"Hoooooooooo ! S'exclama Tambour Major découvrant l'origine du mystérieux paquet. Ca vient de France !
- De France ? Reprirent en choeur les petits écureuils qui, stupéfaits, en laissèrent tomber leur noisette dans un joyeux tintinabulement automnal.
- Oui ! de France.


- C'est où la France ? demanda Juliette la Moufette.
- La France c'est le pays d'où je viens, répondit Tambour Major. C'est un joli pays, loin loin loin, de l'autre côté de l'océan.
- Hooooooooo ! S'écrièrent, impressionnés, tous les animaux de la Forêt Magique.
- Mais, voyons voir ce que contient ce mystérieux paquet..." conclut Tambour Major.  

Découpant avec précaution le gros scotch marron sous le regard ébahi de ses petits amis, Tambour Major se demandait vraiment ce que cela pouvait être et, surtout, de qui cela pouvait bien venir.

Groupés autour de leur grand ami, les petits lapins et les petits écureuils étaient tout yeux et toutes oreilles devant le spectacle de ce dépouillement.
Un paquet de France ? Vous vous rendez un peu compte ? Ca n'arrive pas tous les jours...

Soudain, un "Haaaaaaaaaaaaaaaaaaan !" de sidération remplit toute la maisonnée.
- Mais, qu'est-ce que c'est ? s'enquit Juliette.


Grimpée sur la tête de Bridou le Caribou, Juliette la Moufette fallit tomber à la renverse.
Oui, c'est un bien curieux objet...

" Mais c'est.... ???
- Oui, on dirait un....
- Un....
- Et il y a même la....


Décontenancé par ce qu'il voyait, Bridou le Caribou émit un brame rauque, tout en se questionnant sur les moeurs étranges de ce lointain pays de France... La France n'est-elle pas ce parangon du bon goût et du raffinement qui a vu naître un Louis XIV, un Henri Dumas ou un Cyril Hanouna ?

- Mais ce n'est pas tout, balbutia Tambour Major. On dirait que ça s'ouvre...

Effectivement, ça s'ouvre. Sous le regard hagard des petits animaux, Tambour Major souleva alors précautionneusement le couvercle, dévoilant un petit réservoir de poudre rosée.


À ce moment précis, c'est toute la Forêt Magique qui se trouva plongée dans un impénétrable silence de circonspection, unanime. Et tous s'interrogeaient : Qu'est-ce que le temps ? Lorsqu'un système est totalement desordonné, a-t-il atteint son maximum d'entropie ? Si p est un nombre premier et si a est un entier quelconque, alors (ap – a) est-il un multiple de p ? Sommes-nous seuls dans l'univers ? Afida Turner existe-t-elle vraiment ?

- Que c'est joli ! pouffa Bridou le Caribou, s'attirant aussitôt le regard désaprobateur de tous les animaux de la forêt magique.
- Maracas ! s'exclama Juliette la moufette ne sachant plus trop que dire.

Et tous demeuraient interdits devant la beauté incommunicable de cet objet prodigieux.


Un bien bel objet, en effet....

29 septembre 2014

Les mots d'une mère et le pain de viande de mon chéri

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Panique à bord, moral dans les semelles, envie de pleurer à tout bout de champ... Ca ne va pas trop en ce moment. Plein de tracas m'assaillent, une équation diabolique à plusieurs inconnues se déroule sous mes pieds sans que je sache exactement comment m'y prendre ni quels pièges vont se refermer sur moi. L'impression d'avancer dans une brousse mortelle. La fatigue poussant à la paranoïa, la moindre aspérité prend des proportions vertigineuses, le moindre accroc est en soi une apocalypse.

Ces derniers jours j'ai du consacrer environ 90% de mon énergie à canaliser mon stress. Tout devenait montagne. La moindre contrariété avec chéri me conduisait à tout remettre en question, de manière drastique : et si, au fond, la solution la plus simple n'était pas de tout plaquer et de reprendre ma vie en France, là où je l'ai laissée il y a huit mois ? Rentrer les mains vides, comme le fils prodigue. Insupportable. Et pourtant...?

Noyé dans ce magma limbique, luttant de toutes mes forces pour rester positif, j'ai appelé ma mère, comme chaque lundi. Je lui racontai ma situation, mes doutes, mes angoisses et mes risques de déconvenues administratives.

" Si tu dois rentrer en France quelques jours, rentre. Ca nous fera plaisir de te revoir. Et puis tu repartiras. Tu as réussi à passer au travers de toutes les difficultés jusqu'à présent. Il n'y a pas de raison pour que tu n'y arrives pas."

Quelques mots qui ont suffi à volatiliser toute particule de torpeur. C'était si simple. Moi qui craignait, je ne mesurais pas à quel point mes parents pouvaient me soutenir dans ma folle embarquée.

Si tu dois rentrer en France quelques jours, rentre.

Ma propension à en appeler à la fatalité me surprendra toujours. J'ai beau m'efforcer de rester aussi cartésien que possible, une part de moi élude les base élémentaires du rationnalisme pour s'adonner à de savantes contorsions délirantes et destructrices, toutes conduites par un instinct de fuite.

"Ca nous fera plaisir de te revoir."

Apaisé, je regarde avec amusement chéri, rentré pendant mon appel. Concentré comme un neurochirurgien en pleine intervention, les deux main plongées dans un cul de poule en inox, la cuisine disparaissant peu à peu sous un monticule de vaisselle sale et d'emballages éventrés, il prépare un pain de viande pour le souper.

Il lève ses yeux pétillants vers moi.
Je souris.

22 septembre 2014

Entre l'arbre et l'écorce

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Le sentiment qui domine malgré moi depuis mon arrivée à Montréal, se résume à l'âpreté de la frustration. Hélàs non, même si ce n'est pas le bilan que je voulais tirer, ni celui que l'on me souhaiterait vouloir exposer, je ne me suis pas pleinement épanoui ici. Pas encore. 

Je ne voudrais surtout pas que vous puissiez croire que je suis malheureux. Pas du tout. Pour l'instant je ne suis simplement pas aussi heureux que je pourrais l'être, faute de sécurité et de ressources financières suffisantes pour profiter pleinement de tout ce qui m'entoure et de tout ce que peut m'offrir Montréal. Voilà, en partie, la source de ma frustration.

Le premier point réside bien évidemment dans ma situation professionnelle qui n'est pas encore débloquée. J'ai pas mal avancé depuis février, repassé des examens, validés des diplômes et gravi quelques marches indispensables à mon implantation ici. Je n'ai pas chômé. Mais cela ne suffit pas.

Car quoi que l'on en dise, et quoi que l'on puisse lire ici ou là, encore il y a quelques semaines dans un numéro spécial de Le Point consacré à la Belle Province, le Québec n'est pas l'El Dorado que l'on veut bien nous vendre à coup de grands espaces verdoyants, de lacs extraordinaires et de pub racoleuses. Le travail ici ne se trouve pas sous le sabot d'un orignal, surtout pour un non-Québécois. J'irais même jusqu'à dire qu'il y a une forte distortion entre le message officiel à destination des Français : "Venez !" - et la réalité du terrain : "Venez, mais pas trop..."

Trouver un boulot ? Je n'ai pas le choix.
D'une part parce que j'en ai trop fait pour renoncer maintenant.
D'autre part parce que je suis convaincu que cela en vaut le coup, à tous les niveaux.
Enfin parce qu'il en va aussi de mon orgueil personnel. Je ne tiens pas à rentrer la queue entre les jambes (c'est une simple image) comme le fils prodigue, penaud de n'avoir pas fait la fortune qu'il croyait. L'idée m'est autant insupportable qu'inconcevable.

Heureusement j'ai pour moi un réseau d'amis ici qui est conscient de ma situation et m'aide en me relayant tout un tas d'informations, qui parle de moi (en bien), bref qui me fait connaître aux oreilles d'employeurs potentiels. C'est encore une fois une différence fondamentale d'avec la France : ici il faut se faire connaître et réseauter à mort. C'est la règle du jeu.

Cet état de faits génère inévitablement un stress quotidien assez évident qui rejaillit sur mon couple et exacerbe les tensions qui peuvent surgir.

La vie de couple c'est avoir à deux des problèmes que l'on aurait jamais eus tout seul, dit un aphorisme usé jusqu'à la corde. C'est pourtant vrai. Et si depuis presque 8 mallois que nous vivons sous le même toit nous ne nous sommes pas encore entretués, cela ne veut pas dire pour autant que tout est rose. Il s'en faut parfois de beaucoup.

Outre le choc des cultures inhérent à toute transplantation d'un élément étranger dans son nouveau biotope (ce qui produit à l'occasion quelques belles étincelles), nous sommes lui et moi très différents.

Notre vision de la vie tout d'abord, est en totale opposition. Moi je suis fonceur, je vois les choses six mois à l'avance, j'ai besoin de projets, je suis en perpetuelle projection, j'aime que la vie aille à 200 à l'heure, faire 10.000 choses dans la journée. Je suis bosseur, ambitieux, sur-motivé.... Je veux voyager, bouger, voir du monde et voir le monde. Rien que le fait de lui en parler, ça l'angoisse.

Voyager ne l'intéresse pas plus que cela. Il aime à me rappeler que le bon Québecois de base est fier de pouvoir dire qu'il n'a jamais quitté le Québec de toute sa vie. Et moi qui ne rêve que de retourner au Mexique, en Argentine voir des amis un peu partout et faire le tour de l'Uruguay... Frustrant.

Lui, une activité par jour lui suffit. Et s'il pouvait n'avoir à jamais sortir de chez lui, ce serait parfait. Il préfère passer ses journées dans le canapé à regarder des séries à base de Sidney Fox et autres téléromans pour ménagère de moins de 50 ans.

Le pire est qu'il prend un peu trop ce qu'il voit à la télévision pour argent comptant. L'autre jour encore, je ne sais plus comment nous en étions arrivés là, nous parlions tentative de suicide. Il m'exposais, avec tout l'aplomb dont il est capable, que au Québec, une personne ayant fait une tentative de suicide pouvait être enfermée dans un hôpital psychiatrique contre sa volonté - parfois plus d'un an ! - et déchue de ses droits. Comme en prison. Moi, pris d'un gros doute, je lui explique que c'est probablement inexact et en tout cas exagéré. "Mais si ! Je le sais ! C'est comme ça !". 
Aussitôt, déformation professionnelle oblige, je fais une rapide recherche. Inévitablement, ça l'énerve que je ne le croie pas et que je cherche. En quelques minutes, je tombe sur un rapport de 100 pages du ministère de la santé du Québec sur ce sujet précis. En quelques lignes, j'avais trouvé tout le protocole médical applicable à ces cas d'espèce et démonté du même coup l'ensemble de ses allégations erronées.
"Ha pourtant je l'avais vu à la télé...
- Où ça ??
- Dans une série américaine...
- ....................
- Je les croyais plus documentés.
"
Ce sont des choses qui arrivent régulièrement, engoncé qu'il est dans une série de convictions dogmatiques, fondées sur une vision un peu trop manichéenne des choses. Et l'on se chicane presque à chaque occasion, parce qu'il n'aime pas être contredit, parce que - soit disant - je joue avec les mots et que, au fond cela revient au même, que les intellos le font chier et que "c'est de l'enculage de mouches". Paf, dans les dents.

Un autre point important de la personnalité de mon bûcheron, est sa propension exponentielle à dramatiser. Un rien est prétexte à faire la diva, à se dire déprimé pour un oui ou un pour un non, sans jamais se donner les moyens de passer par dessus et de remédier à ses angoisses. À cet égard, il n'a aucune volonté. De même, la frustration lui est inaccessible, même au degré le plus élémentaire. Ca me rend malade. Il me reproche parfois de ne pas faire preuve d'assez d'empathie - et de parfois m'éloigner, ce dont j'ai besoin pour mon équilibre mental et personnel. Mais je ne sais pas comment aider quelqu'un qui reporte la cause de ses maux sur les autres et qui ne se bouge pas un minimum le cul pour se sortir de là. Âne qui n'a pas soif...

Si je n'ai que peu d'expérience conjugale, lui a, au contraire vécu 9 ans avec celui qui est aujourd'hui son meilleur ami. Relation très conflictuelle, constellée de disputes plus ou moins âpres et de rupture violentes. Il en sort assez blessé, même s'il n'en parle pas souvent. À le regarder vivre, je suis à peu près certain que 90% des motifs de disputes venaient de son ex. D'ailleurs il me le dit assez souvent : " Vivre avec toi c'est tellement facile !" Je ne suis pas sûr qu'il perçoive tout ce que cela implique comme concession et abnégation de ma part face à certains de ses caprices et l'inconfort relatif qui en résulte. J'encaisse pas mal en réalité, et lui passe beaucoup de petites choses, à commencer par sa manière de ne pas gérer le désordre domestique de notre foyer. "Il faudrait" fait partie de ses expressions favorites. Frustrant, là aussi, pour quelqu'un habitué à prendre le taureau par les cornes.

La semaine dernière son ex et son mari se sont disputés et sont partis chacun de son côté. Indirectement on s'est rapprochés car, en parlant, on s'est aperçu que l'on s'était un peu éloignés et que certaines choses n'allaient pas, qu'on n'avait pas pris du temps pour nous depuis un petit bout de temps. On a donc pris notre mercredi pour aller nous promener dans les Laurentides.

En juillet dernier, il s'était foulé une cheville et avait mal au pied depuis plusieurs semaines. Bien entendu, il se plaignait à longueur de journée mais n'allait pas consulter... tête de mule !

Un jour, on était chez des amis, nous devions prendre la voiture. Je déteste conduire à Montréal. Il me dit, d'un ton militaire du plus désagréable : "Tu conduis !" presque en me jetant les clés au visage.
Je le regarde, avec tout le dédain dont je suis capable, et lui dis calmement mais fermement : "Non".
S'engage une discussion un peu houleuse.
- Bah, tu peux conduire tout de même !
- Non, j'en n'ai pas envie du tout.
- Ah oui mais tu comprends j'ai mal à la cheville !!
- Et alors ? Ca t'empêche de conduire ?
- Non.... mais ca me soulagerait un peu si tu pouvais conduire.
- Et tu pouvais pas le dire comme ca ? On demande leur avis aux gens dans la vie...
- Oui mais quand même...
- Hé bien la prochaine fois tu réfléchiras !"
Le lendemain, il me demandait si je voulais bien prendre le volant, de la manière la plus correcte qui soit. Et cela n'a pas changé depuis. Tambour Major 1 - Chéri 0.

Je mets ça sur le dos de ses 9 années (houleuses donc) avec son ex qui ne l'ont probablement pas aidés à se construire ni à nouer une relation harmonieuse a-conflictuelle. Car, même si je n'ai pas beaucoup d'expérience en la matière, j'ai autour de moi pas mal d'exemples familiaux, d'oncles un peu retors à "dompter". On apprend beaucoup à observer les autres.

De par son activité professionnelle, son emploi du temps se trouve très alambiqué et peu structuré. Cela rejaillit inévitablement sur son mode de vie. Là aussi c'est une différence forte. Ce n'est pas toujours facile à gérer.

Frustration et sensation d'inaccompli...

Je me sens parfois un peu prisonnier de cette situation que j'ai voulue, un peu à l'aveugle il est vrai. D'être pris entre l'arbre et l'écorce. On ne découvre les gens qu'en vivant avec eux.

Au fond, je crois que notre différence est une richesse : lui m'apporte un souffle  - parfois une tornade - de folie, moi l'angulosité d'une certaine forme de rigueur (sans rigorisme). Il me divertit. Il est très drôle, avec une énergie hors du commun. Moi je l'appaise, je le rassure. Avec lui, je ne m'ennuie jamais. On est tellement différents, mais au fond tellement complémentaires. C'est vraiment un garçon aimant, qui m'aime et que j'aime. Je le sens plein de bonne volonté et attentif, malgré la jungle mentale dans laquelle il vit.

Quoi qu'il en soit, être loin me rend la fuite impossible, ou nettement plus compliquée. Je crois en fait que c'est une chance. La distance contraint. Le temps permet d'aller un peu plus loin que la surface des choses et des personnes.

Pour le moment ce que je découvre m'encourage à rester ici, malgré l'hiver qui m'attend, gardant en tête  - et en souhaitant de toutes mes forces - que, à n'en pas douter, le meilleur reste à venir.

18 septembre 2014

L'armée des ours mécaniques

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Régulièrement, et depuis plusieurs semaines, mes nuits sont ornées de rêves pour le moins étranges. La nuit dernière encore je rêvais que je jouais une transcription du Concerto pour Orgue de Poulenc aux côtés de Bruce Willis, qui interprétait la partie normalement dévolue à l'orchestre.

Par le passé, j'ai fait des rêves ultra-violents qui me faisaient me réveiller en sursaut, littéralement terrifié.

Toutefois, je note une certaine évolution. Autant par le passé mes rêves étaient riches en impressions, bariolés de couleurs estompées, autant aujourd'hui ils tendent à gagner en précision et fourmillent de détails précis, un peu à la manière des inquiétants tableaux d'un El Bosco.

Il y a quelques semaines, j'ai fait un rêve particulièrement bizarre, long, développé et vraiment dérangeant. À tel point que, à 5 heures du  matin, un peu traumatisé et parfaitement lucide dans lon lit, et la mémoire encore vive, je me suis senti obligé de me lever pour le noter.

Nous sommes dans la basilique Saint Sernin, à Toulouse, pour un office du soir. Le lieu ne lui ressemble pas mais c'est bel et bien Saint Sernin. L'un de mes amis, suppléant du lieu, est aux claviers de l'orgue de choeur, inhabituellement situé juste à côté de l'autel. De là il commande aussi le grand orgue. Il est un peu stressé car il n'est pas sûr que le chant d'entrée soit le bon. Il entonne donc le cantique "Dieu nous accueille en sa maison" sur une registration anormale et inappropriée de plein-jeu et régale. Ses modulations étranges - il bémolise périodiquement le si naturel du soprano - donnent une carrure inédite et bancale au chant.

Je m'assieds sous le grand orgue et vois arriver deux amis, chacun vêtu d'une robe d'avocat anglaise à l'encolure blanche, ainsi qu'une troisième personne dont je ne suis pas certain de l'identitée, qui s'asseyent. Je ne sais pas s'ils me voient. Moi j'essaie de me cacher, je ne veux pas qu'ils me voient et viennent me parler. De loin, je les observe discuter avec complicité.

Le prètre prend la parole : "Bonsoir et bienvenus sur France Inter !". La voix est celle de Louis Bozon, l'ancien présentateur du jeu des 1000 Francs. Le célébrant nous invite à fermer nos portables par un calembour radiophonique fumeux. Il nous demande aussi de couper le Wi-Fi en faisant attention de ne pas bloquer le réseau de la basilique. Les personnes présentes s'exécutent et sortent eur téléphone portable, ce qui donne lieu à un joyeux tintamare de discussions. On peut voir les flux d'interactions entre les différents téléphones se matérialiser par des faisceaux lumineux se joignant en des sphères, elles aussi lumineuses, rouges. Le tout est agrémentés de "bips" sonores - en fait des "Tût" ronds, comme sur certains jeux électroniques des années 80. 

Une femme brune aux cheveux longs a du mal à capter le réseau de son voisin et cela l'intrigue.

Soudain, au milieu de cette agitation, un objet volant de la taille d'un téléphone portable, vient se déployer au dessus de la tête des gens. S'ouvrant en deux parties, une lumière jaune  projette une vidéo.

Un savant fou dont on ne voit pas le visage, prend alors la parole. Sa voix est un peu hésitante. Il explique qu'il va détruire les villes de plus de 1 million d'habitants - son expression exacte est "mettons, un million" - à l'aide d'une armée d'ours polaires mécaniques. Je me dis : "Ouf, Toulouse est sauve !" Il commencera par Saint Petersbourg. S'en suit une animation très réaliste où Saint Petersbourg est rasée par des machines gigatestques de couleur noire, ayant la forme d'ours polaires anguleux marchant à quatre pattes.

Il déclare ensuite vouloir s'en prendre aux villes de 400.000 habitants, à l'aide de foreuses géantes.

In peto, je songe à fuir dans une ville qui a de vagues airs de Rocamadour, mais située dans un paysage du Luberon. 

Au même moment, je vois des images vidéos de foreuses géantes tombant du ciel et s'abattant sur le sol. La partie supérieure, de forme émisphérique, des machines, s'interconnecte les unes aux autres pour devenir une excavatrice géante.

Puis le savant fou anonce qu'il va simplement détruire la terre. 

Les foreuses se mettent alors à perforer les océans qui se vident, s'engoufrant qand les cavités béantes, puis dont les eaux, chauffées par les couches terrestres inférieures, rejaillissent sous forme de jeysers. Image d'océans vides, de trous béants, de villages en ruines juchés en haut de promotoires rocheux précaires, et de villageois se prenant dans les bras l'un de l'autre en attendant leur mort imminente...

Plusieurs semaines après, le traumatisme est intact.

15 septembre 2014

Chu en criss !

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Depuis que j'habite en ville, je me suis toujours déplacé à vélo. À Toulouse, en particulier, pour qui n'a pas besoin de sortir du petit périmètre du centre étendu, le vélo est idéal, été comme hiver (concept tout relatif tellement il y fait peu froid, hu hu hu). 

Se déplacer à vélo à Montréal est chose très commune, vraiment aisée, et pas seulement le long du canal de Lachine. Il y a des pistes cyclables un peu partout qui, luxe, sont répertoriées par les navigateurs GPS. Sans parler des Bixi, le Vélib montréalais, dont les stations sont remises en service dès que la neige a fondu. Si l'on ajoute à cela que les automobilistes sont nettement plus respectueux du code de la route qu'en France - et, a fortiori, infiniment plus que ne le sont les Argentins - vous avez tous les ingrédients pour faire de la petite reine un moyen de locomotion (presque) parfait. 

Oui, presque. Car il est un paramètre à bien prendre en compte, ici en Amérique : les distances. Montréal n'est pas Toulouse, ni Paris... Au Québec, on a de l'espace et on s'en sert ! Du coup, en dépit de son insularité, Montréal prend des proportions démesurées. C'est d'ailleurs un des points négatifs de la ville : sa trop grande taille et la faiblesse relative des moyens de transport en commun, trasforment le moindre déplacement en expédition. 

Certes il y a le métro. Trois pauvres lignes et demi qui desservent 68 stations, sur une distance linéaire de 76 Km. À titre de comparaison, Paris (105 Km carrés contre 365 pour Montréal) compte 302 stations, réparties sur 16 lignes totalisant 220 Km de rail. Vous voyez un peu la situation ? 

Heureusement il y a des bus, beaucoup, un peu partout, ponctuels (si si !), à la faune parfois affriolante, dont l'itinéraire ainsi que les différents arrêt sont facilement identifiables (là encore je repense avec force fou-rire à mon expérience portègne !) et consultables sur internet. Le bonheur, à condition de passer outre le prix assez exhorbitant du ticket : 3 Dollars le trajet... Dès lors, pour les petits et moyens trajets du quotidien, du moment que l'on peut aller du point A au point B plus vite qu'avec n'importe quel transport public, à moindre frais, tout en se faisant au passage un petit teint hâlé tout bien comme il faut et qui fait jaser les copines, on va pas se priver.

Attention cependant, malgré le portrait doré que je suis en train de lui brosser, le vélo à Montréal souffre d'un cruel défaut. Et pas des moindres : sa propention à se faire voler. 

On m'avait pourtant prévenu, de faire attention, de le couvrir de cadenas, de chaînes et de barbelés, de le tartiner d'urine de grizzly et de l'attacher qu'au centre d'un pentacle tracé en lettres de sang d'orpheline. Ce que j'avais fait, mais qui n'a visiblement pas découragé les OSTIE DE TABARNAK DE MÂRDE de gros cons qui m'ont piqué mon vélo la semaine dernière. Ils ont tout piqué. Tout. Même les cadenas qu'ils ont probablement sectionnés avec des pinces. J'étais vraiment en criss. Surtout que, ce soir-là, je me trouvais beaucoup trop loin de chez moi pour rentrer à pied (non, marcher plus de 2 heures et demi un samedi soir parce que je me suis fait piquer mon vélo, qui plus est en n'ayant pas encore soupé, n'a rien pour me rendre de bonne humeur), et en tout cas suffisamment loin de chez moi pour mettre près d'une heure à rentrer en bus et métro. Contre seulement 25 petites minutes en vélo. Tu la sens la moutarde dans la poutine ?

Alors, racheter un vélo, au risque de me le refaire piquer ? Mwouais... je suis plutôt tiédasse. Pour le moment je me ruine en tickets de métro. Les forfaits sont tellement bien faits qu'acheter un passe pour le mois n'est rentable qu'à très haute dose : 80 Dollars, tu penses, une paille ! De toute manière, l'hiver arrive. Bientôt il fera |-25°C. Je pense plutôt m'acheter une luge. 

5 septembre 2014

La dernière fois que j'ai fait quelque chose pour la première fois

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Au cours de ces quinze derniers jours, pour la première fois, je me suis promené à cheval à travers les bois canadiens. Je n'étais pas remonté à cheval depuis des temps immémoriaux et pourtant le plaisir était bien là. Je ne sais pas trop pourquoi j'aime autant les chevaux - peut-être autant que les chiens, et probablement pour les mêmes raisons : de braves bêtes derrières leurs airs cabots. Qui plus est, un radieux croissant de lune nous accompagnait, qui conférait à cette dernière nuit d'août une aura onirique confinant au magique.

Ces quinze derniers jours, j'ai, pour la première fois, fait griller de la guimauve sur un feu de bois et goûté la texture extraordinairement aérienne de ce petit nuage sucré. Faire griller de la guimauve sur un feu de bois, voilà un petit plaisir inoffensif auquel on prend vite goût et dont on a bien tort de se priver.

Ces quinze derniers jours, pour la toute première fois, j'ai tenu un bébé écureuil dans les mains. Tombée du nid puis recueillie par des amis, la petite bête, fragile, s'est blottie au creux de mes mains lourdes pour y dormir, roulée en boule sur elle-même. Du concentré de kawaïtude, avec du poil.

Pour la première fois de ma vie, au cours de ces quinze derniers jours, au terme d'une soirée agréablement décadente, je suis allé dans un bar de danseuses, chez Parée, haut lieu des soirées montréalaises. Spectacle inédit s'il en est, et cocasse au possible, pour moi, à qui les charmes féminins sont d'une innocuité absolue. Intérieurement, j'ai ri. Beaucoup.

Ces quinze derniers jours, j'ai fait tout cela, pour la première fois.

Et vous, c'était quand la dernière fois que vous avez fait quelque chose pour la première fois ?

12 août 2014

Poutine ? Vous avez dit poutzine ?

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Figure emblématique de la cuisine québécoise, la poutine est, sans conteste possible, le plat le plus populaire de la Belle-Province. 

Apparue semble-t-il dans les années 1970, le succès de la poutine (prononcez "poutzine" avec l'accent local) peut probablement s'expliquer en ce qu'elle incarne une certaine forme de quintessence de l'art de vivre à la québécoise : des ingrédients simples, un plat calorique et robuste, agrémenté d'un soupçon de culture anglaise (même si l'on s'en défend).

Qu'est-ce exactement que la poutine ? On peut, je crois, résumer la poutine en trois mots : simplicité, rusticité, efficacité.

Fig. 1 "La poutine classique". Si si, je vous assure que c'est bon.

Simplicité car il suffit de trois ingrédients seulement pour faire une poutine : des frites, du cheddar frais, de la sauce poutine.
Simplicité également car il se vend de la poutine à peu près n'importe où au Québec, que ce soit dans les restaurants spécialisés ou non, chez McDo et autres néfastes-food, ou dans l'une quelconque des innombrables barraques à frites que vous trouverez le long de n'importe quelle route du Québec. Manger une poutine, c'est à la portée de tous, tout le temps, et partout.

Rusticitié : frites, fromage, sauce. Faut-il réellement en dire plus ? 

Efficacité, redoutable, et à tous les niveaux. Outre son faible prix - quelques dollars à peine - une portion de poutine vous remplit l'estomac et vous donne assez d'énergie pour aller fendre du bois par -35°C toute une journée sans discontinuer.

Pour réaliser une bonne poutine, prenez deux ou trois bonnes poignée de grosses frites bien grasses dorées et croustillantes, saupoudrez d'une poignée de cheddar frais en grain, puis nappez d'une ou deux louches de sauce poutine brûlante. Voià, c'est prêt ! Déguster avec une bière bien fraîche.

Fig. 2 : "Dites A".

Attention toutefois, le choix des ingrédients détermine toute la réussite d'un bonne poutine. Ainsi, le fromage a toute son importance. Il ne s'agit pas de n'importe quel fromage mais bien de cheddar frais et en grains, dont le Québec est un gros producteur. Il en exporte même en Angleterre. Dépourvu de toute saveur réllement notable, sinon celle de la saumure dans laquelle il est conservé, le cheddar frais possède une texture bien particulière - quelque part entre le babybel, la mozarella et un joint en caoutchouc - qui fait "scouik scouik" sous la dent.

La recette de la sauce poutine, sur laquelle certaines maisons ont bâti toute leur réputation, et sa consistance, ni trop épaisse ni trop fluide, est excessivement simple. Il s'agit ni plus ni moins d'un roux monté avec du fond de boeuf ou de volaille, et des épices.

Une des versions les plus populaires est celle-ci :
Dans une casserole, faire fondre du beurre. Ajouter de la farine et cuire, en remuant sans arrêt, pendant 1 minute. Verser du bouillon de poulet et de boeuf en brassant sans arrêt à l'aide d'un fouet.
Incorporer de la cassonade, du ketchup, de la moutarde, du paprika, du piment de Cayenne et de la sauce Worcestershire. Porter à ébullition.
Réduire le feu et cuire, en brassant de temps à autre, pendant environ 5 minutes ou jusqu'à ce que la sauce ait épaissi, mais pas trop. C'est tout.

Vous dresserez votre poutine dans un bol en disposant d'abord les frites chaudes, un peu de cheddar, puis que vous napperez de sauce.

Bien-sûr, ceci est une base à partir de laquelle il est possible d'inventer mille variations, chacun étant libre d'agrémenter sa sauce selon son inspiration, en remplaçant tout ou partie du bouillon par du vin rouge par exemple. Il est également permis d'ajouter de la viande, du poisson, des légumes, tant que les frites et la sauce restent les ingrédients prédominants de la recette.

La poutine se décline à l'infini. Parmi les plus notables, je citerai la poutine italienne, dans laquelle la sauce poutine est remplacée par de la sauce bolognaise (c'est délicieux).

Fig. 3 : "La poutine italienne". Qui a dit "Euuurk ?"

Certains chefs tentent, avec un certain succès, d'endimancher la poutine en proposant des recettes à l'éfilochée de canard sauce poivre vert, ou encore au homard (de Gaspésie !) et bisque de homard. Pour les avoir essayées, je puis dire que c'est très bon. Un établissement a même bâti sa réputation sur sa recette de poutine au foie gras. Je n'y ai pas encore goûté, mes racines du Sud-Ouest étant pour le moment rétives à certaines hérésies gastronomiques.

Vous l'aurez donc compris, très loin de s'enlyser dans un dédalle de raffinements aristocratiques, la poutine est, au risque de me répéter, avant tout un plat éminemment simple, rustique, efficace, sans chichi, et qui met tout le monde d'accord.

Au fond, manger une bonne poutine, bien chaude et grasse, c'est un peu comme mater un bon porno : on sait que c'est pas l'idéal mais, sur le moment, ça fait du bien par où ca passe. Et c'est tout ce qui compte.

7 août 2014

Pouding aux bleuets

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Aujourd'hui je vous propose une recette toute simple que j'ai live-twittée hier après midi (ou soir, selon le décalage horaire) et qui a suscité un certain intérêt. Quelques gourmands m'en ont demandé la recette. Voici donc la recette du pouding aux bleuets.

Le bleuet, c'est un peu l'équivalent de la myrtille, en plus gros (de la taille d'un pois-chiche) et en mois savoureux que la myrtille sauvage. Le Québec en est un assez gros producteur, d'où une certaine fierté à mettre en valeur cette baie estivale.

Ne soyez pas effrayés par le nom de pouding qui peut évoquer certaines préparations culinaires de nos amis d'outre-Manche. C'est bien normal, le Canada vit à l'ombre du drapeau de sa Grâcieuse Majesté. Pouding désigne simplement un genre de gâteau renversé. Ni plus, ni moins.

Pouding aux bleuets

Ingrédients :

Pour les fruits :
  • 1/4 de tasse de beurre fondu
  • 1/2 tasse de sucre brun
  • 2 tasses de bleuets (frais ou congelés)
  • 1 c. à soupe de jus de citron
Pour la pâte :
  • 1/2 tasse de beurre
  • 3/4 de tasse de sucre granulé (du sucre en poudre classique)
  • 1 œuf
  • 1 c. à thé de vanille
  • 1 1/3 tasses de farine tout usage
  • 2 c. à thé de poudre à pâte (comprenez : 1 sachet de levure chimique)
  • 1/4 de c. à thé de sel (une pincée quoi...)
  • 1 c. à thé de cannelle (facultatif, mais très bon avec !)
  • 3/4 de tasse de lait.
Vous noterez immédiatement les quantités indiquées en tasse, 1/2 tasse, cuillère à thé et autre contenant fantaisiste. Hé oui : ici c'est comme cela ! Le Canada, et le Québec avec lui, fait partie du Commonwealth. Même si le système métrique a valeur officielle, dans les chaumières ce sont encore les unités anglaises qui sont de rigueur. Certaines habitudes ont la vie très dure. Une balance graduée ? Connais pas ! Ici on ne mesure pas des masses, mais des volumes. Inutile de vous dire que mesurer exactement 1/2 tasse de beurre avant de l'avoir fait fondre, fait partie des grands moments de bonheur de cette recette... 

D'ailleurs ne vous y trompez pas : une tasse c'est UNE tasse, c'est à dire 8 onces ou 226.79 grammes. C'est extrêmement précis. Ne cherchez pas à jouer sur les mots, comme certains rigolos l'ont pu faire, en affirmant que "tout dépend de la taille de la tasse". Vous seriez immédiatement excommunié puis traîné dans les bois attaché derrière un gnou jusqu'à ce que mort s'en suive.
Toutefois, vous pouvez retenir cette astuce :

"1 tasse = 225 grammes"

Cela vous évitera d'avoir envie de vous ouvrir les veines avec une cuillère en bois.

Heureusement, toute bonne ménagère Canadienne possède ces ustensiles indispensables que sont des mesures en tasse, 3/4 de tasse, 1/2 tasse et 1/4 de tasse ; il en existe aussi pour subdiviser la cuillerée en toute sous-partie accessible à l'imagination d'un anglais normalement constitué. Sans elles, point de salut !

De même, avoir à mesurer 1/3 de tasse avec des outils qui fonctionnent par multiples de 2 procure des élans de joie frôlant l'indicible. Pour ma part, je suis parti du principe que 1/3 c'est un grand 1/4...  À la guerre comme  à la guerre.

Autre paramètre à prendre en compte (mais que je n'ai pas pris en compte vu que je l'ignorais) : le bleuet sauvage est bien plus petit que le bleuet de culture. Ca doit changer pas mal de choses, ne serait-ce qu'au niveau de l'épaisseur de la couche de fruits et du jus produit pendant la cuisson.

Trève de prolégomènes, enfilez votre tablier, chaussez votre plus belle charlotte et passons aux choses sérieuses.

Préparation :

1/ Dans un moule carré de 9 pouces (22cm) mélanger le beurre fondu et le sucre brun. Répartir uniformément dans le fond. Étendre les bleuets uniformément sur le dessus. Arroser de jus de citron.
Faute de moule carré, j'ai utilisé un moule rond à fond amovible de 24 cm de diamètre. 
Personnellement, j'ai mis 3 fois plus de bleuets que la recette car, ainsi que je l'indiquais, dans un gâteau aux bleuets, ce qui est bon, ce sont les bleuets, justement ! Attention, tripler la quantité de fruits veut dire un gâteau plus juteux. Le démoulage, et surtout le retournage, n'en sera que plus acrobatique...
J'avais aussi rapé un peu de l'écorce du citron utilisé, pour parfumer.
Autre remarque : si vous voulez conserver la saveur québecoise de votre gâteau, pensez à augmenter la quantité de beurre et sucre destinée aux fruits selon les mêmes proportions. Sachez toutefois qu'un palais français s'accommodera fort bien des quantités de sucre inscrites dans la recette... (pensez à prendre rendez-vous chez votre dentiste si vous optez pour le style traditionnel québécois).

2/ Dans un bol, battre le beurre puis ajouter graduellement le sucre. Bien mélanger. Ajouter ensuite l'œuf et la vanille. Bien battre.

3/ Tamiser la farine, la poudre à pâte, le sel et la cannelle ensemble. Ajouter les ingrédients secs en alternant avec le lait au mélange crémeux.
Franchement, les deux étapes précédentes avec cette histoire d'alterner les ingrédients secs et crémeux, c'est du foutage de gueule... Ne vous prenez pas la tête : dissolvez autant que possible le sucre dans le beurre fondu, ou encore blanchissez l'œuf avec le sucre, ou mieux encore : mettez tout dans la cuve de votre pétrin et malaxez jusqu'à obtenir une pâte bien lisse. Kôliss, on va pas vous apprendre à faire une pâte à gâteau tout de même !


J'ai aussi ajouté une pointe de rhum et de zeste de citron dans la pâte, n'ayant pas de vanille sous la main. J'avais en revanche de la cannelle et j'en ai mis. Et c'était très bon.
4/ Étendre uniformément la pâte ainsi obtenue sur la couche de bleuets.



5/ Cuire à four th. 350°F (180°C) pendant 45 à 50 minutes ou jusqu'à ce qu'un cure-dent inséré au centre en ressorte sec et propre.
Même en ayant mis 3 fois plus de fruits que nécessaire, je m'en suis tenu au temps de cuisson indiqué. Le résultat était parfait, sauf la compotée de fruits un poil fluide dans le fond, ce qui a rendu le retournage assez délicat. 

6/ Laissez refroidir 10 minutes dans le moule avant de démouler sur une grande assiette plate.
Pour la phase de démoulage, pensez à la question de la quantité de fruits et du jus que cela va produire (je vous en ai parlé plus haut). Et surtout, gardez en tête que les indigènes utilisaient le jus de bleuet comme teinture à vêtements... Cela vous évitera de flinguer votre dernier Kooples à 900 Euros.
7/ Dévorez encore tiède, c'est délicieux !


1 août 2014

Une rencontre au beau FiiiiiiX

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Depuis huit ans que je blogue, je ne compte plus le nombre de personnes que j'ai pu rencontrer et dont j'ai fait la connaissance. Il s'agit essentiellement de blogueurs, parfois - en réalité assez rarement, des lecteurs. Certains sont devenus des amis plus ou moins proche, que ce soit la fine équipe des lyonnais, ou encore ceux de Bordeaux, l'immense ribambelle de blogueurs qui habitent Paris et ses environs immédiats et, bien entendu, les blogueurs toulousains que je voyais régulièrement, à diverses occasions.

Tout en rédigeant ce billet, je relis, remontant le fil de mes archives, ceux plus anciens dans lesquels sont consignés le souvenir de ces rencontres. L'effet en est plutôt saisissant tant ces évocations font remonter instantannément un flot d'impressions et d'images : ce deux-mille feuilles de chez Hermé dégusté sur le parvis de Saint-Sulpice, cet apéro chez Fabisounours et son chéri, cette rencontre avec Tto, ce repas dans la citée de Carcassonne, mes escapades lyonnaises, cette belle lumière de fin d'après midi sur le vignoble de Vevey, et tant d'autres choses encore. 

C'est d'ailleurs probablement la grande supériorité des blogs sur les autres médias sociaux auxquels on impute - à tort ou à raison, voyez mon  billet du 22 juillet dernier et les débats dans les commentaires - le déclin des premiers : conserver, en un tout cohérent, l'ensemble de ses écrits, contrairement à un tweet, noyé au mileu de milliers d'autres, tous aussi pressés. Le blog, lui, a le temps.

Oui, j'ai rencontré pas mal de monde par le blog. Mercredi, c'était au tour de  FiiiiiiX et son chéri, en vacances à Montréal. C'est drôle de s'être rencontrés à Montréal, à 6000 Km de notre mère patrie. Cela me rappelle, contextuellement parlant, ces trois jours de janvier 2013 lorsque j'avais revu Poussin et son chéri à Buenos Aires. Mettre un peu d'extraordinaire dans son quotidien, ben c'est rudement chouette.

Bravant le ciel menaçant qui nous a infligé quelques averses, dont nous sûmes faire fi avec cette arrogance naturelle dont seul les français sont capables, nous avons passé l'après midi à arpenter les sommets de la ville : la tour du stade, l'Oratoire Saint Joseph, puis le Mont Royal et son belvédère. Trois sommets, trois points de vues imprenables sur la ville.

Encore une fois, ce fut une jolie rencontre, pleine de connivence, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Car si FiiiiiiX ne blogue pas, il twitte, ce qui engendre un premier degré d'interaction. Il alimente également un compte Instagram, ce qui ouvre une fenêtre supplémentaire sur son quotidien. De fait, nous n'étions pas réellement étrangers l'un à l'autre.

Un blogueur écrivait sur son blog que "le virtuel est le vestibule du réel". Je ne sais pas si cette affirmation est vraie. Je crois même qu'elle est assez fausse, du moins si je l'entends comme son auteur. Non, le virtuel n'est pas un monde parallèle coupé du monde réel. Le virtuel n'est pas non-plus une enclave résiduelle au sein de laquelle les échanges n'ont vocation qu'à être limités. Je crois, au contraire, que le virtuel est le prolongement - aujourd'hui naturel - du monde réel, comme une branche l'est à un arbre. Où s'arrête l'arbre, où commence la branche ? Ce nouvel épisode en est une démonstration supplémentaire.
     
Oui, c'est vraiment chouette les blogs.

22 juillet 2014

Aller de l'avant - Un an après

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Il y a quelques jours, Aerials33 et Tto discutaient, entre autres choses, de la mort des blogs. Je ne vais pas refaire le débat ni même essayer de le trancher, mais une phrase m'a interpellé de cet échange, selon laquelle le déclin des blogs serait consécutif à une certaine paresse des blogueurs eux-mêmes. 

Et je dois dire que, me concernant, c'est assez vrai. Certes ce n'est pas l'unique raison, j'en conviens, mais tenir un blog et l'alimenter suppose un certain travail (oserais-je parler d'effort ?) qu'il est bien commode de régulièrement ranger aux oubliettes car, au fond, rien ne nous oblige à bloguer, sinon - dans mon cas - le plaisir.

En faisant du ménage sur mon blog, je suis retombé sur ce brouillon inachevé. Il remonte à juillet 2013. C'était il y a un an.
"Je n'aime pas les lendemains de week-end. Ce boisseau d'heures épineuses à l'ambiguité malsaine qui nous partagent entre joie et nostalgie. D'un coté la réminicence moelleuse des moments passés, l'or vibrant des souvenirs amoncelés et l'espoir rayonnant des fois prochaines entourés d'êtres qui nous sont chers. De l'autre, le vide nauséeux de cet après, où les rêves s'arrêtent pour laisser place au quotidien granuleux. 


Le week-end, une parenthèse bienfaitrice qu'il est sain de renouveler le plus tôt possible. Au fond, je sais que cela ne tient souvent pas à grand chose. Une pointe de folie sauvage qu'il nous faut renoncer à apprivoiser. Ce sont nos folies qui nous font avancer..."
Ca me fait drôle de relire cette ébauche. Et la première chose qui m'a frappé, c'est son ton passablement mélancolique, preuve manifeste que je n'allais pas très bien.

Je me souviens de ce mois de juillet-là. Professionellement parlant, ce n'était pas vraiment glorieux. Après avoir fui un pervers narcissique qui me traitait comme une sous-merde, je croyais avoir trouvé asile chez quelqu'un de bien. Malheureusement pour moi, nos relations se sont très rapidement dégradées. Je l'ai quitté quelques mois mois plus tard sans regrets aucun. Je suis sorti de ces deux mauvaises expériences plutôt abîmé, au point de me plonger dans d'insondables remises en question. Aujourd'hui encore, je garde certains stigmates de cette époque de grande déprime et de mal-être.

Et puis vint cet électrochoc. Que dis-je : cet impact météorotique qui est venu tout faire exploser dans ma vie...

Un an après, hé bien... je ne sais pas trop par quel bout commencer !
J'ai entrepris un virage interdimensionnel dans ma vie et pour l'instant, je ne regrette rien. Tout n'est pas simple, tout n'est pas rose chaque matin. Le moral oscille souvent entre une forme d'euphorie béate et et un profond découragement doublé d'une envie sanguine de tout foutre en l'air. Mais non...

Et puis certains jours, d'excellentes nouvelles arrivent. Des efforts sont récompensés. Les pièces d'un immenses puzzle prennent leur place et s'ajustent. Lentement mais sûrement. De jolies fondations pour des lendemains meilleurs.

Il me reste encore du chemin à parcourir et je sais que je n'ai pas encore fini d'en découdre avec l'administration, mais je veux y croire, jusqu'au bout.

Ce sont nos folies qui nous font avancer.