12 février 2016

Le Roi des Calamars

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Il doit y avoir quelque chose dans mon Karma en lien avec les calamars. Peut-être en ai-je été un dans une vie antérieure ? 

J'avais en effet il y a quelques temps déjà raconté ma petite mésaventure avec cette horrible poissonnière à qui je voulais acheter des calamars. 

Hé bien figurez-vous qu'hier soir, des calamars, j'en ai rencontré le roi...

Tout commence autour de quelques bières avec l'ami Castor dans un établissement bien sous tous rapports et au sein duquel nous avons un semblant d'habitudes. Papotant au rythme effréné de deux assoiffés qui ne se sont pas vus depuis plusieurs mois, le temps passe et la faim se fait sentir à une heure où il était advenu plus que raisonnable de rejoindre chacun nos pénates.

Regagnant le chemin de ma voiture, je me mettais parallèlement en quête d'un endroit susceptible d'abriter quelque pitance afin non seulement de me remplir l'estomac, mais aussi d'éponger l'alcool dont j'étais plutôt pas mal imbibé. Je me souvins alors ce cette pizzeria, située non-loin de mon bureau, dans laquelle, au printemps dernier, j'avais eu commandé une pizza pas trop mauvaise et que je sais être ouverte assez tard le soir. Qui ne tente rien n'ayant rien, je m'y rendis donc en quelques enjambées.

Si de l'extérieur le lieu n'est franchement pas attrayant, son intérieur aurait de quoi faire fuir quiconque ne serait pas poussé par une faim d'ogre. D'apparence sale et vieillot, mal éclairé par un bric à brac d'ampoules de couleurs pendouillant dans tous les sens, l'essentiel des tables d'apparence crasseuses et désespérément vides ce soir froid de pluie grise, le lieu a tout des pires horreurs des meilleurs épisodes de Hell Kitchen

Surmontant mes craintes, poussé par mon estomac criant famine, et après m'être assuré que la cuisine était encore ouverte, je m'approchai du fond de la salle où je crus me rappeler que se situait la caisse afin de passer commande  auprès d'une madame mal habillée qui me présentait la carte. Hop hop hop, pas de chichi, ce sera une "tarbaise", à base de crème fraîche et de gésiers confits. Non, pas de pizza au saumon fumé, c'est Carême tout de même...

Tandis que j'attendais ma pizza accoudé à ce qui faisait office de comptoir, s'approche un gros monsieur aux gras cheveux poivre et sel et à la barbe bordélique. Je reconnus aussitôt ce bonhomme, celui là que je croise presque tous les jours assis à une table en terrasse, le dos collé au mur, le teint blafard et l'air passablement patibulaire d'un boucher tueur en série à ses heures... 

Un sourire vaguement esquissé aux lèvres, il me demande ce que je désire, ce à quoi je réponds que tout est bien et que ma commande a déjà été prise. Je comprends que c'est en réalité le patron.

La conversation s'engage : 
- Ha mais, vous travaillez chez xxxx ? me demande le bonhomme.
- Oui...
- Hé oui, vous savez, ici, tout le monde se connaît. Et vous, je vous connaissais pas encore.
- Hé bien voilà qui est fait...

Poursuivant les présentations il me raconte sa vie dans cette petite ville toute de pierres et de vent et propose de m'offrir à boire.

- Une Suze, s'il vous plaît !

C'est alors que survint le premier moment surréaliste de la soirée. Donc, tout en sirotant ma Suze, le bonhomme m'expliquât, le plus sérieusement du monde, que, voici quelques jours, il aurait voulu me faire un croche-pied pour me faire tomber. Me faire tomber ? Oui oui, me faire tomber. Mais l'air de rien, hein. Un petit croche-pied amical, juste pour me faire tomber, puis m'aider ensuite à me relever, en parfait gentleman. Cela lui aurait donné un excellent prétexte pour nouer la conversation...

[insérer ici un abysse d'incompréhension]

Aussitôt je songeai à cette anecdote que raconte Amanda Lear. Un conseil que Dali lui aurait jadis donné : 
"Lorsque tu rencontres quelqu'un pour la première fois, au lieu de lui serrer la main, donne-lui un grand coup de pied dans la cheville. De cette façon tu seras sûre que cette personne se souviendra de toi la prochaine fois qu'elle te verra : Ha mais oui, c'est cette connasse qui m'avait donné un coup de pied dans les chevilles !"
Je peux vous assurer qu'à défaut de croche-pied autant que de coup dans la cheville, je me souviendrai de cette entrée en la matière avec celui dont j'ignorais alors encore, à cet instant précis, qu'il était Roi.

Entre temps ma pizza arrive dans son écrin de carton alvéolé. Je sors ma carte bleue et m'acquitte des treize Euros, afin de partir. Me retournant une dernière fois vers mon hôte désormais en grande discussion avec une sorte d'Anglais coiffé comme un torero Espagnol, je l'interroge :

- Mais au fait, comment vous appelez-vous ? 
- Moi c'est Loulou ! s'exclame-t-il de sa grosse voix étouffée.

Et c'est à ce moment qu'eut lieu le second  moment surréaliste de la soirée. A peine avait-il eu le temps de me répondre qu'aussitôt je le vis dégrafer la fermeture éclair de son gilet à capuche, se retrouver en t-shirt noir, se retourner et m'exposer un large dos sur lequel je pus lire imprimé en très grandes lettres blanches : 

"Loulou le Roi des Calamars"

- On a les meilleurs calamars de la vile ! me dit-il le sourire encanaillé. 

Je ne saurais décrire exactement ma réaction, pris entre une forme d'inquiétude et la drôle de sensation d'avoir soudain basculé dans la quatrième dimension... Car ici, hormis dans le Canal du Midi où je doute qu'ils se sentent à leur aise, c'est plutôt tranquille niveau calamars. Très tranquille même.

Attrapant ma pizza toute chaude sur le comptoir, je saluai Loulou une dernière fois lui promettant aimablement de venir goûter ses calamars et me faufilai entre les tables vides pour rejoindre promptement la sortie.

Quelques minutes plus tard, attablé devant ma pizza encore fumante, et après m'être assuré qu'elle ne contenait aucun tentacule royal suspect, je l'engloutissais en quelques bouchées. C'est qu'elle était vraiment délicieuse cette pizza. Un régal.

Peut-être aussi bonne que les fameux calamars de Loulou...

9 février 2016

A Pâques ou à la Trinité

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J'ai besoin de repos, de calme.
De dormir, intensément.
Des heures, des jours, des nuits entières.
Une bonne grosse coupure. Deux semaines seraient parfaites.

Les dernières vacances ne sont pourtant pas si lointaines, et je suis néanmoins déjà épuisé.

Hélas, pour l'immédiat prendre quelques jours de congé au-delà d'un simple weekend est inenvisageable et cela même s'il me reste encore deux semaines à prendre au titre de 2015. Je crois que je peux m'asseoir dessus.

Depuis une semaine l'ambiance est pesante au boulot et cela ne va pas aller en s'arrangeant. La tempête arrive. Les premiers éclairs ont déjà strié le ciel. Au loin gronde le tonnerre. La foudre sera pour les jours prochains.

J'aimerais partir, pas forcément très loin. En Turquie, en Sardaigne, en Grèce ou à Séville, je ne sais pas trop. L'Argentine me manque, aussi. Changer d'air et de décors, pour refaire le plein. Me vautrer dans une lascivité passive éhontée. Marcher dans des rues noyées de soleil, baignées par un vent tiède. Flâner. Ne plus voir certains visages. Entendre d'autres langues. Voir des gens rire et des arbres en fleurs sur un fond de ciel bleu. M'enivrer jusqu'à l'étourdissement de cet ailleurs qui serait l'espace de quelques jours un autre chez moi.

A Pâques, peut-être ? Ou à la Trinité. En tout cas avant cet été, question d'équilibre mental.
Sauf que l'ambiance ici n'est pas exactement propice à parler vacances...

Ma vie presque ordinaire.

5 février 2016

First Step...

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Je ne crois pas avoir été aussi stressé pour prendre un rendez-vous que la semaine dernière. Alors pourtant que je suis un grand gaillard en apparence sûr de lui, je me trouvais face à cette immense porte capitonnée de cuir vert aussi angoissé que je l'avais pu être jadis lorsque je m'en allais frapper à la porte du CPE... 

Après avoir cogné avec force conviction, j'entendis un "Oui ?" ferme et plein fidèle à l'autorité naturelle que dégage habituellement la personne qui, de l'autre côté de cette porte, était assise à son bureau. 

Mon immixtion dans ce lieu de travail habituellement fermé avait tout de cavalier, j'en conviens. Aussi, c'est avec une infinie prudence que je m'avançais à solliciter une entrevue au moment que mon interlocuteur jugerait le plus idoine au vu de son emploi du temps. "A titre strictement personnel, afin de discuter de perspectives professionnelles" précisai-je. Vendredi prochain à 15 heures ? Voilà qui était parfait.

Aujourd'hui j'avais donc un rendez vous important. Beaucoup plus que je ne pouvais l'imaginer de prime abord. Un rendez-vous qui jalonne ce chemin des premiers choix, ainsi que j'en parlais il y a trois semaines. 

Jamais je ne remercierai assez celui qui, un soir de janvier autour d'un verre de vin et de quelques tapas, me conseilla de prendre ce rendez-vous, tant il fut riche. Je rencontrais donc cet après midi une personne qui sût m'écouter, me conseiller, discuter, me comprendre, dans le silence des vieux bois que lustrait la lumière molle d'un vendredi d'hiver, et qui sût par dessus tout, au vu du dossier que je m'apprête à instruire et que je lui présentais de vive voix afin de recueillir son sentiment, me donner confiance dans mon projet. Un beau projet, me rassura-t-elle, et dont je tairai pour le moment la teneur exacte, plus par superstition qu'autre chose.

"On se revoit et on fait le point régulièrement", me dit mon interlocuteur avant de refermer la porte, le visage illuminé d'un vaste sourire rehaussé par les yeux qu'elle avait plus que d'habitude si beaux. Je ne pouvais pas m'attendre à un meilleur soutien...

Je regagnais mon bureau le cœur léger. Très léger. Bien sûr mon premier réflexe fut d'appeler ma mère pour lui raconter mais, trop affairée à autre chose, je n'ai pas pu la joindre malgré cinq tentatives étalées sur trois heures... Allez comprendre ! 

Alors, en bon Tambour Major qui se respecte, j'en avertissais tous les petits animaux de la Forêt Magique : Neunoeuil l'Ecureil, Bridou le Caribou, Paillasson le Hérisson, et même Juliette la Moufette et qui tous se réjouirent de ce premier rendez-vous et de tout ce qu'il avait pu avoir de positif. 

Certes rien n'est joué, rien n'est fait. Mais c'est un premier pas et un premier signal que la route m'est bel et bien grande ouverte. 

Et depuis tout à l'heure, je souris un peu bêtement.

3 février 2016

Chienlit

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Certaines situations paraissent tellement extravagantes que l'on ose à peine imaginer que cela soit possible lorsqu'on les observe de loin, à la télévision ou dans les journaux. Mais lorsque cela se déroule sous vos yeux et que tombent les derniers apparats de bonnes paroles qui jusqu'alors drapaient la trame d'une filouterie vertigineuse, c'est un peu de votre quotidien qui s'effondre aussi.

En un mot comme en cent : c'est la chienlit en ce moment au boulot. Une bonne grosse chienlit de derrière les fagots, la débandade,  la pagaille, le bordel, le bousin, le chaos... Un truc de dingue.

Parler de perspectives cataclysmiques serait bien en deçà de la réalité. Et bien entendu, le principal intéressé joue aux abonnés absents, alors que se trame le denier acte d'une pièce surjouée depuis bien trop longtemps.

Effroyable désastre,
La ville heureuse va périr.
L’ouragan, soudain, surgit des montagnes,
Et la mort jaillit du fond de la mer.
Effroyable désastre,
Ô jour infortuné !
Où trouver un mur pour me protéger ?
Où est la caverne qui m’abrite ?
Effroyable désastre,
Ô jour infortuné ! 
Faites face, ne tremblez pas,
Frères, si la lumière du jour s’éteint.
Ne perdez pas courage,
Qui lutte contre l’ouragan,
Que lui sert de geindre et de pleurer ? 
Grandeur et décadence de la ville de Mahagonni
Kurt Weill (1900-1950) sur un livret de Bertold Brecht, 
Acte I - n°10 et n°11.

Ambiance électrique, grises mines, aucune envie de bosser, évidemment. La démotivation est générale, et à tous les étages.

La chienlit donc...

Moi, je suis comme le moussaillon sur le pont et qui, voyant au loin la tempête arriver de front, s'agrippe à ce qu'il peut en attendant la déferlante.

Entre nous, on en rit, pour mieux faire face à cette situation sordide. Au point où on en est - chaque heure apporte son lot de découvertes fracassantes - rire est à peu près tout ce qu'il nous reste. J'en connais un qui ne rira pas, lui, lorsqu'il rentrera lundi. Ho ça non. De toute façon nous n'avons plus aucune pitié pour lui. Aucune.

Dire que les semaines à venir vont être éprouvantes est un faible mot.

Fort heureusement, si mon boulot actuel sera probablement remis en cause, mon avenir professionnel, lui n'est pas directement compromis, n'étant en rien impliqué dans ce qui va être bientôt mis à jour dans tout son terne éclat. Et d'ailleurs, vu que je songeais à partir d'ici, voilà qui devrait m'en donner l'occasion bien plus tôt que prévu. En toute chose, malheur est bon, dit l'adage populaire.

Et fort heureusement encore il y a, par à côté de cet étrange début d'année, d'autres perspectives plus réjouissantes qui mettent un peu de soleil et de piquant, au milieu de cette grisaille ambiante.

La chienlit... 

20 janvier 2016

La géométrie, les maths et Monsieur D

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Parmi les nombreux souvenirs que je garderai de mes années de lycée et plus particulièrement de ma terminale, figure celui que j'étais nul en maths.  

J'avais pourtant bien commencé au collège où mes notes étaient tout à fait correctes dans cette matière, contrairement au sport. Et puis j'aimais assez ça, les maths. Surtout la géométrie. Là, j'étais très bon. Les angles, les propriétés des figures inscrites, tangentes, diagonales, segments et parallèles, j'adorais ça. J'y trouvais même une certaine poésie. Voir, à partir de quelques phrases, se dessiner un tracé complexe de lignes et courbes au sein desquelles s'inscrivaient d'autres motifs aux propriétés particulières. Il y avait là quelque chose de quasi magique.

La géométrie produisait sur moi le même genre d'enchantement que la physique et la biologie, disciplines dans lesquelles j'ai toujours eu de très bons résultats. Probablement pour les mêmes raisons : donner à comprendre l'essence de certaines choses, un peu à la manière d'un alchimiste sur le chemin initiatique de la Pierre Philosophale du Savoir.

A cet égard, j'ai certainement eu beaucoup de chance d'avoir eu, au collège, des profs passionnés et passionnants qui savaient transmettre le goût d'apprendre en suscitant notre insatiable curiosité, nous récompenser pour notre travail et nous insuffler ce petit plus qui nous amenait souvent à aller un peu plus loin que nécessaire. Je me souviens ainsi de cette prof de français qui, en 6ème et estimant que j'avais quelques prédispositions littéraires, me laissait tous les quinze jours dans son casier de la salle de des profs, un Stephen King à lire pour mon plaisir personnel, en plus des lectures obligatoires pour les cours. Grâce à elle je découvris des classiques de la littérature d'horreur : Christine, Cimetierre, Ca et bien d'autres encore...

Je me souviens aussi de cette prof de physique qui, confrontée à mon irrassasiable soif de connaissances, bien au-delà des limites du programme, m'avait prêté tout un tas de revues scientifiques du type de Science et Vie Junior et probablement un poil trop avancées pour mon âge, mais avec plein d'expériences simples à réaliser, telles que construire un thermomètre, créer des cristaux de sulfate de cuivre et je ne sais plus quoi encore, que je réalisais effectivement et que je rapportait régulièrement en classe. Et cette même prof médusée de s'entendre un jour demander par un grand (je l'étais déjà) bonhomme de 11 ans à la fin d'un cours sur l'électricité : "Madame, c'est quoi la masse critique ?".

Pour en revenir aux maths, je crois que le basculement s'est opéré en seconde. Je ne sais trop comment ni pourquoi. Un décrochage progressif de cette matière qui devenait de plus en plus obscure, à manipuler des concepts et des théorèmes dont je ne percevais ni la finalité ni ne comprenais la logique. Oui, cela a toujours été un défaut chez moi : ne rien pouvoir retenir que je n'aie pas parfaitement et préalablement compris. La mémoire pour la mémoire - et quoique je l'aie assez bonne - n'a jamais présenté d'intérêt particulier, sauf à permettre de replacer des éléments dans un contexte ou de me permettre de contextualiser certaines choses. Une tête bien faite plutôt qu'une tête bien pleine, en somme.

La situation s'est ensuite aggravée en première, avant de sombrer définitivement en terminale avec Monsieur D, le prof qui hante encore certains de mes cauchemars. 

Et là fut le point de non retour. 

Monsieur D était l'incarnation du personnage antipathique. Froid, le sourire glacial, doté d'un sens de l'humour approximatif et très personnel, je ne l'ai jamais apprécié. Lui s'en foutait royalement et je suis à peu près certain qu'il n'en avait rien à foutre d'être apprécié ou pas, par ses élèves ou par quiconque. 

A l'obscurité grandissante des dérivées et autres formules aussi opaques qu'une stèle de marbre, s'ajoutait désormais le répulsif Monsieur D qui produisait sur moi un spectaculaire effet contre-productif. Il avait ses têtes, et je n'en faisais pas partie. Je ne reçus donc à cet égard pas le moindre encouragement ni la plus petite bribe de compassion qui m'aurait aidé à sortir peu à peu la tête de l'eau et me refaire une santé. Ma moyenne glissait donc inexorablement, absorbée dans les sables mouvants de la relégation au rang des mauvais élèves, malgré mon envie de réussir. Mais rien n'y faisait. Les interminables interros de maths devenaient des séances de torture, chaque cours était précédé de sa série d'angoisses, chaque exercice me plongeait dès son énoncé dans un abysse de perplexité... J'étais nul. 

Je terminais ma scolarité en décrochant mon bac avec mention, tout en écopant au passage d'un cinglant 7/20 en mathématiques, et prenais ensuite la route de la faculté de droit, laissant Monsieur D et son lycée dernière moi.

Il devait pourtant encore hanter mes rêves, Monsieur D. Et il furent nombreux les cauchemars d'interros de maths et autres réminiscences de malaises qui vinrent ponctuer mes nuits et me réveiller en sueur, hagard et bêta. Et dernièrement encore, malgré les bientôt vingt ans qui me séparent maintenant de cet âge qui n'était déjà plus si tendre.

Tout récemment, et donc de nombreuses années plus tard, par l'un de ces hasards incroyables de la vie, je devais rencontrer au cours d'un agréable repas baigné par la clarté du soir, une personne dont j'apprenais qu'elle avait été un collègue de ce Monsieur D et, qu'à ce titre, elle l'avait bien connu. Naturellement, nous avons discuté de nos années lycée, vécues chacun de notre côté du bureau. 

Je ne saurais dire s'il existe bel et bien une Justice immanente à la Nature et à l'Univers et je ne saurais davantage dire s'il existe un Destin, ou s'il faut croire aux coïncidences.

Mais toujours est-il que, ce soir là, c'est avec un plaisir non dissimulé que j'entendis mon interlocuteur déclarer, au détour d'une phrase, que Monsieur D était un sale con.

17 janvier 2016

Des choses simples (bloguerie dominicale)

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Weekend de repos intégral que celui-ci. Point de sortie, ce qui n'est en-soi guère exceptionnel me concernant, ni de vie sociale extravagante. Juste le strict minimum nécessaire. À cet égard je ne comprends toujours pas comment les gens qui travaillent ont la force de sortir le samedi soir. Pour ma part je suis exténué. La preuve, hier soir je me suis couché à 22h pour me lever onze heures plus tard et passer une part importante de mon dimanche à ne pas faire grand chose. Pour une fois...

Non je n'ai rien fait de spécial. Discuter sur twitter avec les coupains, une balade en ville pour profiter du grand air et du soleil, cuisiner un pot-au-feu avec du jarret de bœuf, partager la galette des rois chez des amis... Des choses simples. Des valeurs sûres.

Je me demande parfois où j'aimerais vivre si je devais quitter Toulouse pour le boulot. La question, qui n'est absolument pas d'actualité, m'est venue en regardant un reportage sur Douai et en pensant à une amie qui vit désormais à Sarreguemines. La réponse est, je crois : assez loin, pour que je sois contraint d'y déménager sans garder d'attache. Oui, l'attache géographique est une tare. Pouvoir aller comme le vent, sans contrainte, est une réelle liberté. Être libre, sans pour autant oublier ses racines, ses origines, et garder à cœur ses terres d'enfance. Être fier de son passé, riche de son présent, et avoir soif de son futur.    

Lundi dernier Bowie est mort. Je m'en fous, je n'écoutais pas Bowie. Là encore des flots d'émotion ont inondé les médias, parfois de manière assez putassière. J'ai détesté. Mais plus qu'à Bowie, j'ai pensé à lui, cet ami qui a décidé de partir en octobre dernier, laissant derrière lui une compagne - et amie - extraordinaire et ses trois enfants. Lui, il écoutait Bowie et il était fan. Et chaque fois que j'entends une chanson de Bowie, je pense à lui. Cela m'a renvoyé à la figure tout un tas de souvenirs, essentiellement joyeux. Et puis cette lourde journée... Il me manque et manquera longtemps. Putain...!

Dans une même veine, et quoique cela n'ait rien à voir, je ne supporte plus cette société de l'émotion dans laquelle on nous baigne depuis un an. Je n'en peux plus de ces litres d'émotions déversés à longueur de journée et dont on nous bourre la gueule comme on remplit la bouche d'un  nourrisson obèse. Je n'en peux plus des larmes, je n'en peux plus des bougies et des marches silencieuses dont les médias nous tartinent les rétines et nous gavent les oreilles à longueur de journée, comme pour nous maintenir dans un bain tiédasse duquel on ne voudrait plus sortir, de peur de trouver l'air ambiant un poil trop frisquet. 

Samedi je suis remonté sur une balance. Mon poids m'a fait peur. 10 kilos de moins ne seront pas un luxe, rajoutons cela sur la pile des objectifs de l'année. Il paraît néanmoins que cela me va bien. ce qui fait du bien à entendre. S'entendre dire que l'on est beau et le lire dans le regard ardant de l'autre... Un peu de baume apaisant sur les plaies d'un égo écorché aux sangs. Des choses simples.

Des amis, une galette des rois, un chat qui fait des roulades, une promenade au soleil, et du jarret de bœuf cuit au pot-au-feu... Un weekend de repos intégral, donc. Demain la semaine reprend, et avec elle la promesse de mener à bien les projets que je me suis fixés pour cette année. Peu à peu.

Ma vie presque ordinaire.

15 janvier 2016

La Photo du Mois : "Jardin Secret"

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Nous sommes le 15 janvier, c'est donc le jour de notre rendez-vous mensuel avec La photo du mois

Je vous rappelle le principe : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris. 

Pour cette première édition 2016, Cara propose le thème : Jardin secret et nous donne la piste suivante :
Puisque c'est moi qui ai l'honneur de choisir le thème pour le mois de janvier (malgré mon retard d'aujourd'hui, j'ai honte), le voici :
"Jardin secret"
A interpréter au sens propre comme au figuré... J'ai hâte de voir ce que vous nous proposerez !
J'ai pris ma photo le 30 décembre dernier, alors que je visitais le Mont Saint Michel pour la toute première fois, par un magnifique soleil levant qui inondait la pierre de sa lumière dorée.



Parvenu au cœur de ce dédale minéral cerné par les eaux, me voici nez-à-nez avec un bulle de paix, au milieu d'un univers de silence : un cloître, offrant une vue spectaculaire sur les flots solitaires. Et délimité par son écrin de piliers en rangs asymétriques, tel une perle marine gardée secrète, voici que jaillit un petit bout de verdure, inaccessible aux regards extérieurs. Qui en effet se douterait que, tout en haut du Mont, se cache pareil jardin  ?

Les jardins secrets se déclinent au gré des blogs participants à la Photo du mois :

AF News, Akaieric, Alban, Alexinparis, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Canaghanette, Cara, Carole en Australie, Champagne, Chat bleu, Chiffons and Co, Chloé, Christophe, Cocazzz, Cricriyom from Paris, Cécile, CécileP, Céline in Paris, Dame Skarlette, Danièle.B, DelphineF, Dom-Aufildesvues, E, El Padawan, Estelle, Eva INside-EXpat, François le Niçois, Frédéric, Galéa, Gilsoub, Giselle 43, Guillaume, Homeos-tasie, J'habite à Waterford, Josette, Julie, Kenza, KK-huète En Bretannie, Koalisa, Krn, La Fille de l'Air, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Les Bazos en Goguette, Les bonheurs d'Anne & Alex, Loulou, Luckasetmoi, Lyonelk, magda627, Mamysoren, Marie, MauriceMonAmour, Milla la galerie, Mimireliton, Mireille, Mirovinben, Mon Album Photo, Morgane Byloos Photography, MyLittleRoad, Nanouk, Nicky, Noz & 'Lo, Pat, Philae, Philisine Cave, Pilisi, Pixeline, Renepaulhenry, Rythme Indigo, Sinuaisons, Sous mon arbre, Suki, Testinaute, Thalie, Tuxana, Visites et voyages, Voyager en photo, Woocares, Xoliv'.

Prochain rendez-vous à la Saint Claude, avec un nouveau thème à illustrer.

14 janvier 2016

Sur la route des premier choix

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Le temps passe et les envies demeurent.

Avant de partir de l'autre côté des mers rejoindre les terres Acadiennes il y a 2 ans, j'avais en tête un projet qui me tenait à cœur mais que le cœur me conduisit justement à mettre de côté. 

Un an après mon retour, le pied solidement remis à l'étrier d'une vie professionnelle étourdissante, ce projet refait surface, et s'impose à moi, comme une sorte d'évidence, corroborée par un certain nombre d'éléments que je crois concordants. 

Alors j'ai mis la machine en route...

Non pas que je n'aime pas ce que je fais. Bien au contraire, j'aime mon métier que je pratique avec une certaine passion et dans lequel je crois ne pas être trop mauvais. Mais là n'est pas la question.

Certains diront que je ne sais pas ce que je veux. Je répondrai que je sais ce que je ne veux plus, ce que je ne veux pas. Et pour renverser la proposition de Bergson : exclure, donc choisir.

Oui, ce sera je crois ma grande résolution pour 2016. 

Rien ne dit que ce projet  aboutira, car un certain nombre de paramètres dépendent de volontés qui m'échappent. Mais je sais que s'il est une chose que je déteste plus encore que l'échec, c'est le regret. Et il est des regrets que je ne veux pas avoir, dont celui de n'avoir pas essayé de me donner les moyens d'y arriver.

Ce qui est le plus drôle, c'est que c'est ce premier choix qui m'avait guidé sur les bancs de l'université, voici maintenant près de vingt ans. Putain, vingt ans... La vie m'a fait entre temps emprunter quelques magnifiques détours qui n'ont fait que confirmer, je crois pour de bonnes raisons, que cette vocation initiale demeure et a toujours été la bonne.

Time has come ! 

Entrons dans l'arène et prenons le taureau par les cornes. Le jeu en vaut la chandelle.
Et au pire des cas, rien ne sera moins bien qu'avant. 

5 janvier 2016

La théorie du fil d'Ariane

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Lorsque ce garçon est entré dans la pièce comme une tornade dans un verger, le premier mot qui me vint à l'esprit fut " Woof ...! ".

Un woof puissant, rauque et viscéral, comme une réaction à un violent coup de poing dans l'estomac.

Un woof pour signifier une expression autrement inexprimable et contenir, tant bien que mal, une effusion hormonale qui irriguait alors instantanément chaque parcelle de mon corps.

Woof ...! 

Il faut dire que c'était là un sacré morceau de beau jeune homme. Plutôt petit, admirablement bâti, charpenté tout ce qu'il faut, le geste vif, le regard étincelant, parlant d'un ton enjoué, le visage rehaussé d'une jolie barbe frisée dont je pus dans l'instant éprouver avec délices la douceur lorsqu'il vint me faire la bise en guise de salutation.

Un véritable ourson, dans son archétype masculin le plus parfait. 

J'étais loin de m'imaginer que cette très forte impression qu'il fit sur moi avait été totalement réciproque et dans des proportions identiques. C'est pourtant ce que vint prouver à mon grand bonheur la suite des événements.

Aussi nous commençâmes à discuter, de beaucoup de choses. Le garçon est intéressant, à tous les niveaux. J'aime l'écouter parler, son énergie, son brin de folie vitalisant. Au fil des heures, nous nous rapprochons peu à peu, laissant nos corps s'effleurer, nos barrières de sécurité tombant les unes après les autres afin de réduire la distance que nous sentions inutile tant l'attraction était forte. Nous finirons d'ailleurs, quelques jours plus tard, enlacés l'un dans les bras de l'autre, pour une longue sieste entrecoupée d'une délicieuse pause crapuleuse.

Nous nous sommes endormis profondément, sa tête toute soyeuse appuyée dans le creux de mon épaule, ses bras enroulés autour de mon torse, son souffle berçant le mien. Un doux moment de plénitude. J'ignore combien de temps nous sommes restés dans cette position mais toujours est-il que lorsque nous avons rouvert les yeux, le soir était déjà tombé. 

Je passais la soirée et le lendemain dans un état quasi euphorique. J'étais tellement bien, lui et moi continuant à apprendre à nous connaître en conversant à loisir, le plus naturellement du monde. 

Après avoir échangé nos profils facebook, nos deux solitudes qui se sont croisées au hasard de la vie ont ensuite repris chacune leur chemin, l'un vers le Nord, l'autre vers le Sud.  

Puis, progressivement, vinrent les nuages. Ceux de l'angoisse, de l'inquiétude. C'était tellement prévisible...

Cela s'appelle l'abandonnisme. Comme un vague à l’âme qui vous prend tout d'abord au tripes avant de remonter hanter votre cerveau. Une main invisible et froide qui vous opprime. Votre horizon se rétrécit et des questions sans réponse tourbillonnent inlassablement dans votre tête. Des graines d'angoisse.

Pensera-t-il encore à moi ? M'aura-t-il oublié demain ? 

Résister est impossible... Ne pas lutter vous conduit à la folie pure.

Certains diront que je me prends la tête pour rien et ils auront en partie raison, tellement toute cette souffrance est vaine et inutile. Je le sais pertinemment. Mais en partie raison seulement, disais-je, car je ne maîtrise rien. Rien du tout. J'ai beau essayer de me raisonner et débrancher le cerveau, il y a toujours une petite lucarne par laquelle le blizzard s'engouffre pour venir tout geler sur son passage.

J'ai compris que je souffrais d'une forme relativement mineure d'abandonnisme assez récemment. Plus exactement, ce n'est qu'assez récemment que j'ai réussi à rassembler tous ces symptômes derrière un mot qui les décrivait.

Abandonnisme. Cela vient comme un bouffée de nostalgie, mais en pire. Car si la nostalgie est tournée vers le passé, l'abadonnisme interroge l'avenir. Et la crise est d'autant plus forte que la rencontre a été émotionnellement intense. Inutile de dire que cette fois-ci mes tourments confinèrent au supplicial.

M'aura-t-il oublié demain ?

C'est aussi l'une des raison qui fait qu'aujourd'hui je refuse catégoriquement toute relation à distance. Parce qu'elle est nécessairement synonyme pour moi d'une inextricable souffrance que je ne veux plus m'infliger. Et que la distance prive en outre la relation d'éléments qui sont pour moi indispensables : la trivialité du quotidien, doublée de la possibilité de voir l'autre sans avoir à planifier ses déplacement six semaines à l'avance. 

Dans le cas de ce garçon, il n'est donc pas question d'une relation sentimentale. D'une amitié naissante, sans trop de doute. Entre lui et moi, un fil est noué. A voir s'il cassera ou s'il nous permettra de nous retrouver le long de nos chemins respectifs.

J'ai à cet égard une théorie toute personnelle. Plutôt que d'une théorie, il s'agit d'un schéma, d'une comparaison : celle du fil d'Ariane.

Lorsque deux personnes se rencontrent, un fil se noue entre elles. Fin. Fragile. Invisible. Lorsqu'elles se séparent ce fil peut disparaître, si personne ne tire dessus. Il s'use. Puis un beau jour vient la première saccade du premier qui tire sur le fil, pour dire à l'autre : "Hey, il y a toujours quelqu'un ?". Le fil commence à vivre. De sollicitation en réponse, le fil se fortifie, grandit, devient une corde sur laquelle on peut tirer de plus en plus fort. Jusqu'au jour où l'on n'a plus besoin de tirer sur le fil.

"Ne t'inquiète pas je serai toujours là".

Cela vaut ce que cela vaut... Il est des amis que je peux ne pas voir pendant des mois, voire des années mais avec qui la connivence est telle qu'il suffit d'une fraction de seconde pour que tout reparte comme si ne nous étions jamais quittés. Parce que le fil est là, solide et que certaines personnes seront toujours là pour moi, comme je serai toujours là pour elles.

Car contrairement à Thésée, je n'abandonne jamais Ariane.

A sa relecture, ce billet n'est pas aussi rigoureux que je l'aurais voulu. Le fil de mes idées s'est un peu emmêlé. Il est difficile de parler simplement de choses qui ne le sont pas toujours.

1 janvier 2016

Bonne Année !

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A l'heure où j'écris ce billet et que s'égrènent lentement les dernières heures de l'année 2015 mouvementée, je me trouve donc en banlieue Rennaise en compagnie de quelques personnes de fort belle compagnie dans une belle et grande maison où tout n'est que douceur, calme et volupté. J'aimerais que cette nouvelle année 2016 qui s'ouvre devant nous soit exactement à cette image : toute empreinte de douceur, de calme et de volupté. Tout simplement.

Puisse également être 2016 une année de récolte, d'aboutissement, et de plénitude.

Bonne année 2016 à tous et à chacun !