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  • 28 juillet 2015

    Épuisé

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    Cette année comme rarement, les vacances se font attendre. Mon état d'épuisement est total, depuis maintenant six mois, bientôt sept, passés à travailler d'arrache-pied, sans avoir eu de congés. Certes et fort heureusement il y eut ces quelques salutaires ponts du mois de Mai qui me permirent de reprendre quelques forces, mais j'ai besoin de beaucoup, beaucoup plus qu'un pont pour recharger les batteries à un niveau acceptable

    Sept mois... si l'on m'avait dit cela mi-janvier je crois que j'aurais eu peur. Et ils n'ont pas étés de tout repos. Nouveau boulot, nouvel environnement, nouvelles méthodes de travail, nouvelles connaissances, capacités cognitives sollicitées à leur maximum, journées de douze heures régulières... Je ne me suis pas ménagé.
     
    Je passe sur le toxique épisode "colocataire adoré" et son chien qui furent une source additionnelle et parfaitement inutile d'inconfort et de stress quotidien, enfer domestique dont j'ai courageusement pris la fuite voici bientôt deux mois. Ce fut une excellente décision. La prochaine sera de revenir à mes pénates toulousaines. Ici, je suis et me sens véritablement chez moi. Et j'en mesure l'importance chaque week-end lorsque je regagne mes quartiers.

    Mes nuits ne suffisent plus à me reposer, mes journées sont globalement insipides, mes soirées sont une porte ouverte sur un océan de déprime... Déprime conjoncturelle seulement, exacerbée par mon état proche de l'anéantissement. Corolairement ma consommation d'alcool a sensiblement augmenté depuis quelques semaines. Non pas que je sois saoul tous les soirs, mais les cadavres de bouteilles qui s'accumulent à force de ne pas être remisés au bac de récupération parlent d'eux-mêmes. Heureusement le sport permet de réguler ces excès.

    Aujourd'hui, mon corps m'assaille de messages d'alerte de toutes sortes que je ne peux pas écouter.

    Du repos, du silence, rien à penser, aucune préoccupation, le vide intersidéral du néant absolu auréolé du silence le plus complet plusieurs jours d'affilée... voilà ce qu'il me faut pour me remettre d'aplomb.

    Encore deux semaines à tenir.
    Elles vont être longues.


    18 juillet 2015

    Gros

    21 commentaires
    À mon grand regret, je n'ai jamais été ni mince ni svelte. J'ai même été obèse, période de ma vie dont je porte et porterai à jamais les stigmates, tant corporels que mentaux. L'écrire me fait froid dans le dos mais lorsque je revois les photos d'époque, nier l'évidence relèverait de la mauvaise foi la plus absolue.

    Il faut dire que j'ai hérité d'un morphotype familial peu accommodant avec les canons de la beauté actuelle, au grand désespoir de ma balance. Ma grand-mère était l'archétype de la mama italienne, grande, forte et carrée. Son frère aîné avec lequel je me trouve une certaine ressemblance mesurait plus de deux mètres et dépassait largement le quintal ce qui, somme toute, était bien normal. De même mes parents sont grands et mes oncles côté maternel auraient tous pu être piliers de rugby. On ne lutte pas contre la génétique. Tout au plus essaie-t-on de se l'approprier et de dompter cette identité que l'on ne maîtrise pas.

    Gros, donc, je lutte depuis de longues années contre cette diable de biologie qui pousse mon corps à l'embonpoint au premier écart. Plus jeune j'en ai beaucoup souffert. Gros. Gourmand. Et homo refoulé qui plus est... Je ne vous raconte pas le carnage alimentaire et les bonds que faisait parfois ma balance au gré de mes sautes d'humeur, de mes contrariétés, de cet océan d'inassouvissement dont je mettrai assez longtemps à me dépêtrer. 

    Gros, et nul en sport. Ça va de pair... Mes années au collège puis au lycée furent ponctuées de ces séances d'humiliation pluri-hebdomadaires. D'abord le passage aux vestiaires, le déshabillage et l'exhibition des bourrelets disgracieux, alors que les autres affichaient des corps sains, menus voire athlétiques pour ceux qui pratiquaient une activité physique. Je me souviens d'un certain Pascal qui faisait du judo et qui, un peu plus âgé et particulièrement bien fait de sa personne, suscitait en moi lorsqu'il se retrouvait en caleçon, les premiers émois dont je ne comprenais alors pas trop la nature...

    Puis venait l'humiliation de l'incapacité à réaliser les exercices proprement, selon les canons dictés par le professeur, sous la risée de mes camarades de classe. Trop lourd pour sauter, trop gros pour ne pas m'essouffler, pas assez ceci, trop cela... Les cours d'EPS étaient le plus souvent une torture mentale absolue.

    Une fois pourtant j'avais trouvé une forme d'épanouissement avec une prof probablement un peu plus intelligente que la moyenne et qui avait accepté qu'au lieu du foot, je joue au handball avec les filles, sport que j'aimais beaucoup à l'époque et dans lequel j'avais quelques maigres aptitudes. Je l'ai beaucoup aimée cette prof-là qui avait su comprendre et faire en sorte que son élève prenne du plaisir dans une activité physique collective et dans laquelle il pourrait s'investir un tant soit peu, pour son bien à lui. Ce fut la seule fois...

    Mon entrée à l'université et mon premier appartement en solo devaient marquer un point important dans l'évolution ce de marasme. Habitué aux bons petits plats que maman préparait pour mon père qui travaillait comme un forcené et avait donc besoin d'une alimentation riche, je me trouvais désormais seul et partiellement maître de mon régime alimentaire. Et le bilan fut spectaculaire : trente kilos perdus en un peu plus de deux ans. Une métamorphose... Je n'étais toujours pas mince, ma carrure s'y oppose formellement, mais je n'étais plus obèse, ce qui constituait une avancée prodigieuse. Et je crois que c'est aussi à partir de ce moment-là, fort de cette nouvelle apparence plus en harmonie avec moi-même, que se mit en place le long et lent processus de remise en question qui devait me permettre, plusieurs années plus tard, de m'admettre comme gay et de commencer enfin à vivre un peu plus librement ces choses-là.

    Ma rencontre avec le sport vint un peu plus tard, en troisième année, sur le campus de la fac. D'abord au rythme d'une fois par semaine puis bientôt deux. De la muscu. J'y ai pris goût et je n'ai jamais arrêté depuis. C'en est même devenu un besoin au point que je ressens aujourd'hui un manque lorsqu'une semaine se passe sans que je ne sois allé transpirer ne serait-ce qu'une petite heure. Je peux dire que je suis sportif, maintenant, moi le gros nul en sport d'antan. Quelle ironie !

    Aujourd'hui je ne suis toujours ni svelte, ni mince. Je suis en quelque sorte le Sisyphe de mon propre corps... Physiquement très charpenté au point que l'on me demande régulièrement si je joue au rugby (non, je ne joue pas au rugby) je reste "enrobé" selon un doux euphémisme, malgré des efforts continus pour ramener cette masse à de plus justes proportions, bien que le poids progressif des années n'y soit guère favorable. Aussi je reste très critique vis à vis de moi-même et j'ai bien du mal à me trouver séduisant. Non pas que je me trouve moche, ce serait à nouveau de la mauvaise foi, mais j'ai bien du mal à accepter - risquerais-je tolérer ? - l'image ingrate de ce physique qui est pourtant le mien et que me renvoie le miroir chaque matin au sortir de la douche...

    9 juillet 2015

    La vie mise en scène

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    L'autre jour j'écoutais le prologue d'une émission de télévision consacrée aux réseaux sociaux dans lequel il était question de la mise en scène de nos vies.

    L'idée développée semblait être que dans notre société rongée par le culte de l'image, exacerbée par Twitter, Facebook, Instagram et autre SnapChat, nous serions conduits à nous exposer sous notre meilleur jour, à donner de notre quotidien une image merveilleuse, pleine de soleil, de rires, d'amis trop super géniaux, de plage de sable fin et de piscine à l'eau bleu turquoise, d'apéros extra fun, d'instants carte-postale dans une sorte de course effrénée à un bonheur qui se voudrait par essence démonstratif. Comme de beaux objets dans une vitrine, juste assez putassiers pour attirer le chaland, pour quelques followers de plus. 

    Je suis assez d'accord avec cette vision pour le moins cynique des choses et de l'hypocrisie massive que véhiculent les réseaux à cet égard. Il suffit d'y consacrer quelques secondes pour s'en rendre compte et croiser en moins de clics qu'il n'en faut pour le dire, tels des offrandes mystiques au Dieu Image et au culte de l'Apparence, une logorrhée de selfies autosuffisants tous plus souriants les uns que les autres. Et je ne parle même pas de cette abomination suprême qu'est la perche à selfie, instrument du diable s'il en est, à propos duquel je réclame au passage le pal en place publique suivi de l’écorchement pour quiconque en utiliserait un...

    Pour livrer le fond de ma pensé, je trouve cette tendance générale relativement insupportable, pour ne pas dire autre chose, surtout lorsque la vacuité du propos ne fait qu'enfoncer davantage la mercantilisation du plumage dans un magma obscène. La vulgarité étant, qui plus est, une arme facile mais redoutablement efficace pour capter l'attention d'un auditoire souvent narcissique en quête de son propre miroir. Likez moi Mon Seigneur !

    Est-ce un phénomène nouveau ? Se mettre en scène, vendre une image idéalisée de sa vie et de son bonheur ?

    Je ne le crois pas et suis au contraire persuadé qu'il s'agit simplement de l'expression nouvelle d'un phénomène très ancien, d'une attitude sociale extrêmement classique et banale qui trouve simplement dans ces nouveau outils un second souffle qui le pousse, de fait, à un niveau rarement atteint.

    Car il convient de ne pas oublier les règles de la convenance sociale qui dictaient naguère la manière de se bien comporter en société afin d'être bien vus, la peur du qu'en dira-t-on et tout le fatras lignifiant du regard social, de ce qui semble bien et de ce qui semble mal, de telle profession qui serait plus noble que telle autre moins valorisante, de tel quartier à ne fréquenter sous aucun prétexte ou qu'avoir sa résidence dans de tel autre serait le symbole de l'accomplissement social et donc, nécessairement du bonheur. Ce flot d'affirmations étant de tout évidence un monceau d'âneries.

    Oui, la réussite sociale, suivant bien entendu certains canons, a longtemps et est encore considérée comme l'archétype de l'accession à la félicité, suivant en cela un modèle bourgeois érigé en pilier dogmatique relativement inflexible malgré les vagues d'assaut qui lui ont été plus ou moins sauvagement assénés. Mais l'héritage culturel a la vie dure, quoique l'on tente de lui torde virulemment le cou... 

    La question sous-jacente et à mon sens l'un des enjeux cruciaux de notre temps, est de savoir se construire pour ce que l'on est et aime vraiment, plus que pour satisfaire aux attentes et aux préoccupation du regard social dont la force se trouve décuplée par les Twitter, Facebook, Instagram et autre SnapChat que j’évoquais tout à l'heure. 

    Si le carcan social pouvait en effet être jadis ou naguère étouffant, qu'en sera-t-il désormais ? Ma vie sera-t-elle assez swag en l'état pour mériter sa diffusion sans artifice sur Instagram ? Je me fais chier au boulot mais je mets une photo de moi super radieuse en train de faire l’andouille sur mon bureau... Wow la grosse éclate. 

    Après le règne de l’Être de l'Avoir, voici donc venu le temps du Laisser paraître et du Faire croire au l'on a. Comme dans un bon film, où tout le monde serait idéalement beau et parfaitement heureux. La meilleure illusion est celle qui, bien entretenue, se laisse confondre avec le réel. La prison sociale s'épaissit d'une nouvelle cloison...

    Et si on faisait péter tout cela ?