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  • 24 mars 2009

    Apparition

    Samedi après midi, dans un hyper-marché du centre-ville.

    Je l'avais très rapidement remarqué entre les étals du rayon légumes, tandis que je fixais mon attention sur les sachets de salade de jeunes pousses, une silhouette se faufilant parmi les produits laitiers. De taille moyenne, agréablement charpenté, les cheveux coupés très courts, le regard noir et les lèvres pulpeuses, paradant sans ostentation au milieu de la foule, son panier à la main. Un pack de lait, des chocolatines premier prix, du café : les provisions types d'un étudiant de Cité-U pour le petit déjeuner pris dans la solitude d'une chambre réduite à sa plus simple expression. Son t-shirt blanc laissait paraître une peau ambrée délicatement ourlée d'une fine pilosité ébène, arborant la paradoxale allure insolente et altière de ceux que rien ne semble pouvoir atteindre mais qui ne le savent pas.

    Le fantasme maghrébin est parait-il un stéréotype classique chez les gays. Je ne sais trop quelle véracité accorder à ces assertions, mais je confesse un penchant plus que certain pour les populations du grand bassin méditerranéen, sans exclusivité toutefois. Je n'ai aucune explication à cela... Leur sombre beauté rehaussée par la profondeur de leur regard m'hypnotise littéralement , voilà tout.

    Je ne suis pas du genre à suivre les gens dans la rue pour savoir où ils vont. Non pas que je n'en ai jamais eu envie - ma curiosité est insatiable et l'excitation toute particuière du jeu du chat et de la souris aurait tout pour me séduire - mais l'idée de le faire m'inquiète parce que j'aurais alors la dérangeante sensation de franchir un seuil dangereux, l'impression de tomber dans une forme de dérive démente malsaine, celle des serial-killers et des violeurs qui observent la proie convoitée avant de fondre sur elle sans que lui soit laissée la moindre chance d'esquive. Mes névroses ne sont heureusement pas parvenues à ce stade de perniciosité. J'avais donc croisé ce beau rebeu et m'étais rapidement rincé l'oeil, comme l'on regarde un bel objet que l'on désire derrière la vitrine d'un magasin avant de continuer son chemin et reprendre le cours des choses comme si de rien n'était. Mon esprit l'avait déjà presque oublié alors que je cherchais à mettre la main sur de la marmelade authentiquement british au milieu des bocaux de spécialités dont j'ignorais jusqu'à l'existence.

    Quelques instants plus tard, arrivé aux caisses et chargé de victuailles, mes yeux se posent instantanément sur une nuque que je reconnais aussitôt : le bel inconnu me précède, séparé que nous sommes pas une mamie venue s'approvisionner en haricots verts extra-fins et en chocolat au lait. Décidant de profiter du plaisir simple de cet instant éphémère, je pris place à la suite de la courte file et posais mon regard sur ce corps suggéré à travers les replis et indiscrètes insinuosités de ses vêtements : son t-shirt se coulait souplement sur ses larges épaules puis dessinait dans une même grande courbe la douce ligne de ses hanches, retombant souplement sur un postérieur délicieusement rebondi moulé dans un bermuda gris négligemment posé sur le haut de ses fesses d'où émergeait un bout de shorty orange. La vie nous donne parfois des bonheurs tout simples dont il serait bien idiot de se priver ; ma contemplation fut sans pudeur ni retenue.

    Au bout de quelques courtes minutes, c'est à son tour de passer en caisse. Et tandis qu'il se baisse pour s'emparer des commissions et les déposer sur le tapis roulant, le bermuda beige en profite pour suivre le mouvement et descendre un tout petit peu plus bas pendant que, procédant par une marche exactement contraire, le bas de son t-shirt se relève opportunément, laissant apercevoir plus amplement le creux de ses reins, offrant à l'œil averti le spectacle des plus réjouissants d'une substantielle surface de peau au grain parfait, cuivrée, couverte un peu plus druement d'une pilosité dessinant une ligne courant le bas du dos, et d'un caleçon sculptant un postérieur voluptueusement indécent, qui disparurent à nouveau lorsque son buste fut revenu à la verticale.

    Je n'ai pas bien vu son visage - pas plus de quelques secondes, ne connais pas le son de sa voix, je ne sais pas son nom, je ne sais rien de lui... ne le reverrai sûrement jamais.

    Lorsque je quittai la caissière il s'était déjà volatilisé, telle une apparition onirique, étoile filante illuminant la nuit d'une vie presque ordinaire. Seul reste l'émoi trouble de cet instant fugace...

    4 commentaires:

    1. Méchant Chimiste24 mars 2009 à 11:53

      Oulà... Va prendre ton bromure !!!
      (Ou passe aux actes, comme tu veux)
      Mais ne reste pas dans cet état...

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    2. Ah, la raie du plombier et ses mystères...
      Bon très peu pour moi en fait... homme comme femme d'ailleurs...

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    3. Maître Capelletto16 avril 2009 à 16:31

      Quelle plume cher Tambour !
      La délicatesse de cette prose n'est pas sans me rappeler le délicieux et dérangeant poème sur la beauté d'un mâle méditerranéen qui introduit le film particulièrement troublant d'Ozon, Les Amants Criminels. Si tu ne l'as pas vu, je te le recommande vivement. Un film initiatique, mêlant l'onirique, le charnel et le lugubre, une photographie superbe : une de mes expériences cinématographiques les plus marquantes... A voir seul la nuit.

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    4. Eh ben, eh ben... fait chaud, tout d'un coup... :D

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