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  • 22 juin 2017

    Pour l'amour des roses trémières

    1 commentaire
    J'ai mis longtemps à associer le nom de rose trémière à la plante éponyme. D'ailleurs quel nom étrange que celui de rose trémière. Je n'ai jamais su ce qu'il voulait réellement dire et je n'ai d'ailleurs pas eu la curiosité, en écrivant ce billet. d'aller en vérifier l'étymologie dans un dictionnaire. Comme si accéder à cette connaissance devait en briser la mystérieuse beauté.

    Rose trémière. Et dire que ce n'est même pas une rose... 

    Une plante dont on ne sait pas trop ce qu'elle est. Ses feuilles vert tendre ressemblent à celles de la mauve, sans être de la mauve. Sa tige haute s'étire vers le ciel comme le fait le tournesol, sans être tournesol. Ses boutons semblables à de petites pommes vertes mais qui ne deviennent jamais pommes. Ses énormes fleurs nervurées, si belles et pourtant si peu odorantes, qui font si bien ressortir les rayures des abeilles.

    Elle est exubérante et modeste, charmante et indifférente, farouche mais docile. C'est la rose trémière.

    Des roses trémières, il y en a toujours eu chez ma grand-mère. Elles poussaient et poussent encore un peu sauvagement au milieu du buis, entre la boîte aux lettres et les lilas dont le parfum succulent annonce les beaux jours. Après que les lilas ont annocé le printemps, les roses trémières s'erigent en sentinelles de l'été. C'est aussi une plante que j'aime à croiser lors de mes balades en montagne, à la faveur rassurante d'une source qui murmure entre deux pierres ou d'un abreuvoir au milieu des estives. 

    La semaine dernière j'en ai vu toute une ribambelle qui poussaient sur le terre-plein central de l'autoroute qui sépare Toulouse de Montauban. Toutes ces belles plantes fragiles puisse pousser au milieu du goudron, de la fureur frénétique du va-et-vient des automobiles et des poids lours roulant à toute allure, indifférents à cette gracile présence végétale a quelque chose d'éperdument poétique lorsque l'on y pense. La poésie se niche décidément partout.

    Aussi c'est avec une petite pointe au cœur que, depuis quelques jours j'assiste impuissant au fauchage de l'autoroute et au broyage systématique des roses trémières qui s'apprêtaient à fleurir enfin...

    Pendant quelques minutes d'égarement je me suis pris à penser que, peut-être les agents de la DDE allaient eux-aussi se souvenir des roses trémières qui poussaient entre le lilas et la boîte à lettre de leur grand-mère et, dans un sursaut de mélancolie, les contourneraient méticuleusement avec leur débroussailleuse pour les laisser fleurir et s'émerveiller les automobilistes, à l'instar de Gaston Lagaffe et son invention géniale de micro-tondeuse à gazon qui lui permet de tondre la pelouse de sa chère tante Hortense en épargnant les marguerites qui poussent dans le jardin.

    De grâce, de grâce, monsieur le promoteur, 
    De grâce, de grâce, préservez cette grâce 
    De grâce, de grâce, monsieur le promoteur 
    Ne coupez pas mes fleurs.

    Il n'en fut évidemment rien...
    Les conducteurs de faucheuses ne doivent pas lire Gaston Lagaffe.

    15 juin 2017

    La photo du mois : Instant T

    25 commentaires
    Bonjour à tous, nous sommes le 15 Juin et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois-ci a été choisi par Aude qui nous a proposé de plancher sur : "Instant T ou l'art de la photo prise pile poil au bon moment !"

    Justement, quelques jours après l'annonce du thème de ce moi-ci, le hasard et la chance ont mis sur mon chemin ce superbe double arc en ciel alors qu'il venait de pleuvoir quelques minutes plus tôt.


    Aussitôt après l'avoir photographié, il s'évanouissait alors que le soleil se ragaillardissait... L'art de la photo prise pile poil au bon moment et - surtout - de toujours avoir un appareil photo à portée de main !

    La photo du mois continue sur les autres blogs participants : Akaieric, Alban, Alexinparis, Amartia, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Bubble gones, Calamonique, Chat bleu, Chiffons and Co, Christophe, Cricriyom from Paris, CécileP, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, E, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, Evasion Conseil, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Jess_TravelPicsAndTips, Josette, Josiane, Julie, Kellya, KK-huète En Bretannie, Krn, La Fille de l'Air, La Suryquoise, La Tribu de Chacha, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Lilousoleil, Lyonelk, magda627, Magouille, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Natpiment, Nicky, Pat, Philae, Philisine Cave, Pilisi, Renepaulhenry, Sous mon arbre, The Beauty is in the Walking, Ventsetvoyages, Who cares?, Xoliv', écri'turbulente.

    12 juin 2017

    Lui et moi

    2 commentaires
    Lui et moi, moi et lui... C'est une histoire qui a commencé il y a bientôt dix ans. L'histoire d'un amour impossible et d'une séparation qui sera pour moi la source de mille tourments...

    L'histoire de deux garçons qui, depuis, vivent leur vie chacun de leur côté, tout en gardant entre eux ce lien étrange et probablement indéfectible qui unit deux personnes qui se sont aimées de manière très sincère et se sont quittées tout aussi sincèrement, avec ce goût amer de l'inachevé. Une histoire qui porte en elle la sève vive de ces grands arbres qui n'ont pas fini de grandir et dont on sait que l'on verra, un jour, s'étendre au loin l'imposante ramure.

    Dix ans bientôt que tout a fini et que, pourtant, rien n'a véritablement cessé entre nous. 

    Oui, il est étrange ce lien invisible qui perdure à travers l'espace et le temps. Ce lien qui raconte le souvenir d'un baiser volé sous un porche, d'une course sous la pluie battante en quête d'un abri, d'un appel à l'aide un samedi dans le train qui me menait à Lyon, et celle d'un short orange restitué à son propriétaire un soir de juin sur les quais de la Seine, tandis que nous mangions des pistaches...

    Aussi, ce soir, passant devant la place du Capitole particulièrement belle, toute habillée des lumières du couchant sous un ciel d'azur impeccable en cette magnifique journée de juin, je lui envoyai une photo, pour lui faire un coucou, comme ça, histoire de faire fonctionner le fil d'Ariane qui nous relie.

    Hey : tu es là ?

    Comme à chaque fois, il m'a répondu et m'a donné de ses nouvelles, me demandant des miennes. Puis il s'enquit de savoir, si bientôt je montais à Paris, m'enjoignant de le prévenir dans ce cas. Je lui indiquai que je comptais le faire au plus tard en novembre et peut-être même avant la fin cet été, si mon emploi du temps me le permettait.

    "C'est cool alors. On se revoit cette année :-)" a-t-il conclu.

    Sa réponse, empreinte de cette spontanéité innocente et naïve que je lui connais depuis toujours, débordant de la candeur désarmante qui le caractérise, m'a fait intérieurement sourire, avec une infinie tendresse.

    Oui, c'est cool. C'est même très cool qu'il ait toujours envie que l'on puisse se voir. Et oui, on va se revoir cette année. La dernière fois c'était il y a déjà cinq ans, quelques semaines avant que je ne parte pour six mois en Argentine. Que le temps passe vite...

    Ces petits échanges, aussi rares et brefs soient-ils, sont comme des coups sur une cordée, histoire de s'assurer que tout le monde va bien, au cas où. Le fil d'Ariane. Et parce qu'il n'est pas quelqu'un de tout à fait ordinaire, ils témoignent aussi d'une mémoire commune du temps passé, de très jolis souvenirs communs - même si certains m'ont longtemps été douloureux, et de ce que, au fond, dans son regard et dans l'affection qu'il me porte, je ne suis pas un si mauvais type...

    9 juin 2017

    Du temps pour soi

    2 commentaires
    Ce n'est pas la super grande forme en ce moment.

    Mon boulot m'angoisse et ne me procure aucune satisfaction. Ma boss est une connasse et se comporte comme telle. Je pars travailler le matin à reculons et rentre le soir complètement à plat, sans envie de faire quoi que ce soit d'autre que de manger et dormir... 

    Je suis envahi d'émotions négatives, d'angoisses, de non-désirs, de vide. Envahi, c'est le mot exact, au sens psychiatrique du terme.

    Malgré tout, je dois faire face à mille obligations professionnelles et personnelles, dont des projets qui nécessitent impérativement que je leur consacre un minimum de temps si je veux espérer les voir aboutir ou du moins leur donner chance de se concrétiser. Des projets en lesquels je crois, des opportunités de changement.

    Du temps que je n'arrive pas à prendre. 

    Pourtant je ressens le besoin impérieux de prendre du temps pour moi, d'appuyer sur "pause" et de réinvestir mon quotidien ou mon peu de temps libre pour faire des choses que j'aime et qui me font plaisir. De remettre un peu de lumière dans ce brouillard qui, si je n'y prends pas garde, n'ira qu'en s'épaississant au risque de m'y perdre voire de m'y noyer, comme j'ai déjà pu le faire par le passé.

    Cela veut dire, et je le sais, ne pas traiter toutes ces choses urgentes dont je parlais plus haut. Ces chose auxquelles je pense tous les matins en me levant et qui me réveillent parfois la nuit, entre deux rêves étranges. Ces choses qui sont si importantes...

    Mais je crois que prendre soin de soi et savoir prendre du temps pour soi est la première des priorités. Surtout en ce moment.

    C'est en ce sens que j'ai planifié mon weekend. Refaire - chose que je n'ai pas faite depuis des mois voire des années - de la (très belle) musique avec des amis que je n'ai pas revus depuis longtemps. Dîner avec une copine samedi et avec un ami dimanche soir. Faire un peu de sport au milieu de tout cela, aussi, histoire de tirer la chasse sur une quantité astronomique de stress inutilement accumulé. Aller au cinéma, tiens, pourquoi pas... Et tant pis pour les priorités.

    J'essaie de me projeter vers des choses positives, qui me plaisent et qui me feront du bien. Pour mon bien.

    Prendre du temps pour soi.
    Du temps pour moi.

    6 juin 2017

    J'ai 10 ans !

    12 commentaires
    Il y a dix ans de cela, jour pour jour, j’ouvrais un petit bout de pas grand chose sur la toile. Un premier billet comme une petite graine de laquelle allait germer ce qui est devenu ce blog.

    Nous sommes en 2007. Je fais mes premiers pas dans un univers nouveau pour moi. Celui d'une différence que je comprends enfin mais que je n'accepte pas tout à fait. J'ai besoin d'écrire, pour tout, pour rien, sans ligne directrice.

    Alors j'écris et cela me fait du bien. Rapidement arrivent les premiers commentaires réguliers de ceux qui deviendront au fil tu temps les premiers habitués. Et cela fait dix ans que ça dure.

    Mes premiers mots ont été écrits sur un blog SpaceLive - plateforme développée par Microsoft, définitivement fermée en 2011. Il était davantage destiné à donner des nouvelles aux amis, tout en semant ici et là des petits cailloux blancs qui donnent régulièrement à mes billets plusieurs degrés de lecture, à qui sait débusquer les indices. Si ma mémoire est bonne, SpaceLive - la protohistoire des réseaux sociaux ! - permettait de chatter avec ses amis et de créer un blog. C'était en fait un genre de sous-Facebook en moins bien ou en tout cas en très différent, très verrouillé et peu ergonomique.

    Mon premier billet publié le 06 juin 2007 à 09:36.

    Avec le temps, la fonction du blog a évolué et la manière d'écrire avec elle. M'assumant progressivement de plus en plus, en étant de mieux en mieux dans mes baskets, j'osais et abordais des sujets un peu plus intimes. Le premier véritable changement fut imputable au changement de plateforme. Space annonçant sa fermeture prochaine, et le bidule manquant cruellement de possibilités de personnalisation, je migrai vers l'actuelle plateforme Blogger à laquelle je suis resté fidèle depuis lors. Là je devins totalement anonyme, ayant connu une déconvenue qui m'a fait devenir un peu parano avec la divulgation de mon identité sur internet. Anonyme et libre...

    Ce changement de plateforme s'est accompagné d'un élargissement du public. Les commentaires sont enfin totalement ouverts, sans qu'il soit besoin d'avoir un compte. C'est l'époque de la pleine effervescence des blogs. Les blogueurs que je lis avec fidélité (Matoo, Tto, Joss, PascalR, Fred, Virgile, Tarval, Boucledor, Orphéus, Cédric Darval de Bayen, Chris, Ditom, Fabisounours, Loup, Olivier d'Evian, Gildan, Maxivirus, Poussin, Des Fraises et de la tendresse, Sailortoshyo, Glimpse et tant d'autres ! Beaucoup ont - hélas - cessé d'écrire...) publient avec régularité. Chaque billet s'accompagne alors d'une pluie de commentaires dans une ambiance bon enfant car tout le monde se commente mutuellement, se renvoie la balle au bond et on se fend régulièrement la poire.

    A cet égard le blog est aussi un instrument de socialisation merveilleux : je ferai, grâce au blog et à mes lectures, de nombreuses connaissances, beaucoup de rencontres, certaines très belles qui ont donné naissance à de très belles amitiés qui, pour certaines, perdurent encore à ce jour. La magie des blogs que l'instantanéité d'un twitter ne supplantera pas...

    L'autre changement résultera par la suite d'un changement de statut : d'éternel étudiant à mi-chemin entre une vie professionnelle envahissante et un orteil à l'université dont je tardais à me délivrer, j'entrais de plein pied dans les tourments de la vie active, ne me laissant que peu de temps pour les loisirs en général et le blog en particulier. Fini la glandouille et l'écriture comme échappatoire... C'est bien simple, le nombre de billets publiés fut quasiment divisé par deux ! Certains problèmes, et le besoin corrélatif d'en parler, disparurent. De nouveaux ne manquèrent évidemment pas de jaillir, tandis que d'autres demeurent intacts.

    Il y eut aussi des moments d'hésitations, des moments de doutes où la question de maintenir ce blog s'est posée... Mais l'envie et le besoin d'écrire ont toujours été les plus forts, même si écrire un blog personnel est souvent un exercice à sens unique : c'est avant tout écrire sur soi, pour soi, un peu pour les autres et leur partager des joies et des peines, mais avant tout pour extérioriser certaines choses dont on ne sais pas trop quoi faire et qui ont besoin de sortir.

    Une fois couché sur l'écran, les mots ne nous appartiennent plus totalement. Ils sont certes ce que nous y voyons, mais il deviennent surtout ce que les autres y mettent de signification. Ce qui veut dire que parfois des billets passent à côté, sont mal ou pas compris du tout. Cela fait partie du jeu. Alors, que des lecteurs se retrouvent dans mes écrits est toujours un bonheur. Et je suis toujours très (très !) heureux de lire des messages en ce sens de ceux et celles qui me lisent, comme cela arrive de temps en temps. 

    Bon, c'est très compliqué en fait à écrire un billet d'anniversaire. J'avais prévu d'écrire un long billet sous forme d'une rétrospective de ces dix années, année par année. Mais à bien y réfléchir je trouve cela fastidieux et terriblement chiant à rédiger. Et puis surtout je suis une grosse feignasse hu hu hu ^^ ! 

    En tout cas une chose est sûre : chaque billet publié, qu'il soit léger, grave ou totalement futile comme ce billet en est la démonstration, est le reflet d'un moment, d'un instant de ma vie. Des instantanés de ma petite vie presque ordinaire et que j'aime à relire de temps en temps, juste pour le plaisir de retrouver certains billets que j'aime bien, ou pour me souvenir de l'état dans lequel je me trouvais à telle époque et regarder le chemin parcouru.

    Dix ans de blog, dix années de ma vie en un peu moins de mille billets, comme autant de clichés photographiques rangés dans une belle boiboite virtuelle : une véritable clavardographie tambourmajoresque (et oui, aujourd'hui je m'autorise toutes les licences lexicales, y compris celle du néologisme).

    Bref nous y voilà : le champagne est prêt, la lumière est baissée et le gâteau arrive. Il ne me reste plus qu'à souffler mes dix bougies.

    Vous soufflez avec moi ?

    1...
    2...
    3 !


    Youpi : J'ai dix ans !

    31 mai 2017

    Besoin de changement

    10 commentaires
    Cela fait un an que j'ai changé de boîte, fuyant un univers de folie humaine dont j'ai appris ces jours-ci les derniers soubresauts. A quel prix...! J'ai eu mille fois raison de prendre la poudre d'escampette. J'y ai réellement laissé des plumes et certaines blessures que je croyais guéries ne le sont pas tout à fait. Non, vraiment pas.

    J'ignorais que je quittais une maison de fous pour en gagner une autre. Tout avait pourtant bien commencé : une bonne ambiance, un contexte apaisé (en apparence seulement), un boss a priori bienveillant (apparences toujours).  Puis, progressivement, les premiers doutes, les premières déconvenues.

    En octobre 2016, soit quatre mois seulement après avoir commencé à ce nouveau poste, j'écrivais ceci :
    "Outre que je me sens un peu infantilisé, à toujours devoir rendre compte, à être régulièrement pris de haut par ma boss qui a pour elle son ancienneté et son expérience, ce dont je suis parfaitement conscient et que j'estime à sa juste et haute valeur, mais à qui la rigueur technique n'est pas la première des qualités... Nous avons deux façons de travailler assez différentes.

    J'ai probablement été mal habitué par le passé, à travailler en délégation totale, surveillé de loin, donnant pleine et entière satisfaction, avec une marge de manœuvre immense et une juste considération pour mon travail.

    C'est une sensation bizarre que de ne pas se sentir à sa place. De faire un boulot pourtant socialement valorisant mais qui ne procure que peu de satisfactions personnelles. C'en est parfois même décourageant. "
    Quelques semaines plus tard je m'effondrais après une déferlante de reproches assis sur la seule soif de domination de celle dont je mesurais alors, jour après jour et chaque jour d'avantage, la mauvaise foi et le manque cruel d'humanité...  

    Au bout d'un an, la coupe est pleine.

    Outre que ce que j'écrivais en octobre 2016 n'a pas pris une ride, elle me traite à présent comme un demeuré, me prend presque systématiquement de haut, ne m'accorde aucun crédit, alors que je fais une partie considérable du boulot et lui sauve régulièrement la mise en allant minauder ici et là pour récupérer des bourdes dont elle ne perçoit même pas les conséquences.  Ho, je ne suis pas parfait, il s'en faut de beaucoup. Mais son comportement est insupportable, décourageant. Je n'ai plus aucune envie de bosser pour cette conne.

    Car ce qui est rassurant, c'est d'avoir discuté avec des personnes qui l'ont côtoyée de très près et qui dressent unanimement ce constat : Ma boss est une connasse... Une vraie, du Label Rouge 100% élevé au grain. Le genre de personne qui ne pense qu'à elle et dont le seul plaisir et d'avoir raison envers et contre tout, de mépriser ce qui ne l'intéresse pas, et de gueuler après coup alors que la sonnette d'alarme  avait été tirée en temps et en heure, puis de souffler le froid et le chaud selon qu'elle est de bonne ou de mauvaise humeur, auquel cas tout est prétexte à gueuler.

    Il est temps que cela s'arrête avant que je ne m'y use à nouveau la santé. Avoir ressorti la boite d'antidépresseurs pour dissiper mon angoisse ces dernières semaines a été un signal d'alarme violent...

    Alors depuis quelques jours je suis à l'affût. Mon curriculum vitae est à jour. J'ai à nouveau une lettre de motivation toute prête. Aujourd'hui j'en ai envoyé quatre. 

    J'ai grand besoin de changement... Et vite.

    23 mai 2017

    Les fèves de mon papa

    3 commentaires
    Quand j'étais petit, je passais beaucoup de temps avec mon père, que ce soit à regarder les revues de jardinage que je feuilletais le soir assis sur ses genoux, à faire du vélo le long du canal ; à apprendre à reconnaître des plantes et leur classification ésotérique ou encore à m'émerveiller avec lui en regardant la simple fleur de petits pois... D'ailleurs avez-vous déjà observé une fleur de petits pois ? Vous devriez, c'est très joli. Mon papa vous en parlerait pendant des heures.

    Parmi les choses qu'aime mon papa, il y a les fèves. Les fèves c'est un peu comme les petits pois : c'est très bon mais je connais peu de monde qui aime réellement ça et qui s'en régale dès qu'il peut. Mon papa, lui, il adore ça, et moi aussi. Je crois que c'est de famille car lorsque j'étais minot, avec mon grand-père, l'un de nos petits plaisirs était d'aller au jardin ramasser notre petit panier de fèves, de les dépiauter puis de les manger sans guère plus de façon à la croque-au-sel, sur un coin de table de la cuisine. C'était rudement chouette.

    Lorsque je suis passé chez mes parents vendredi soir pour les voir le temps du weekend, mon papa était tout fier de me montrer une poche en plastique remplie de fèves fraîches que l'on lui avait apportées. Et je le voyais aussi un petit peu désolé avec sa poche de fèves, parce que je sais que ma mère n'aime pas trop ça et qu'elle rechignait à les lui cuisiner.

    Alors le samedi matin, sur le coup de neuf heures et demi, après que nous avons pris un café ensemble, inspecté d'un rapide coup d'œil placards et frigo, je m'attablai avec lui afin de décortiquer les précieuses fèves. Et la cuisine s'emplit aussitôt de cette si particulière odeur verte des légumes frais. Face à face dans cette activité toute simple que je n'avais pas faite avec lui depuis des années, je le voyais déjà tout heureux à l'idée de manger des fèves à midi. Les premières de l'année. Et moi j'étais tout content de partager ce petit moment avec lui, comme on le faisait avant. Comme on ne l'avait pas fait depuis longtemps. Petit bonheur.

    Préparer des fèves n'est pas très compliqué. Il y a pour cela une recette absolument fantastique que je vous livre. Celle-là même que j'ai faite samedi midi. Il vous faut, pour 3 ou 4 personnes : des fèves ; quelques tomates bien mûres ; un bel oignon, ou deux si vous êtes gourmands ; une gousse d'ail ; un petit talon de jambon cru et son lard (important !) de la taille du poing, partagé en deux : une moitié sera laissée entière, l'autre sera détaillée en petits cubes ; un ou deux verres de vin blanc sec ; du sel et du poivre. 

    Dans une cocotte pas très haute, vous faites revenir une petite poignée du lard de jambon avec les oignons émincés. Lorsque cela aura bien coloré, vous ajoutez trois ou quatre belles tomates bien mûres coupées en dès un peu grossiers et que vous laisser compoter ensemble tout doucement en réduisant le feu, avec une gousse d'ail coupée fin fin fin. 

    Quelques minutes plus tard, vous ajoutez vos fèves. L'équivalent d'un très grand bol bien rempli. Enfin, c'est vous qui voyez combien vous avez faim... Nous on fait a bisto de nas comme on dit à Toulouse. Et puis surtout, vous ajoutez un joli verre d'un bon vin blanc sec que vous aimez boire et qui vous servira aussi à l'apéro, en grignotant un bout de baticol ou de cansalade. Ajoutez un verre d'eau et deux tours de moulin de poivre, parce que sinon c'est triste. Et c'est tout. Ne salez pas tout de suite : le talon de jambon s'en occupe pour vous.

    Mettez un petit feu sous votre cocotte et cuisez à couvert pendant une petite heure, en goûtant de temps en temps pour vérifier la cuisson, et en remuant tout délicatement pour ne pas transformer les fèves en purée. Si cela sèche, n'hésitez pas à ajouter un demi verre d'eau en cours de cuisson, ou du vin blanc si vous n'avez pas tout bu, et peut-être un peu de poivre. On poivre rarement assez du premier coup. Et si en goûtant vous sentez que ce sera trop salé, retirez la moitié de talon de jambon que vous avez laissée entière. Nous on a fait avec notre jambon fait maison, c'était parfait. Et on s'est régalés.

    Cette recette est toute simple. Elle ne vous prendra pas beaucoup de temps. Le plus long, ce sera d'écosser puis d'éplucher les fèves. Faites-le avec votre papa. Ou alors pensez à inviter le mien.

    15 mai 2017

    La photo du mois : Lumière(s)

    18 commentaires
    Bonjour à tous, nous sommes le 15 Mai et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois-ci a été choisi par Eurydice qui nous propose de plancher sur : Lumière(s) et nous donne les indications suivantes :
    "Pour le mois de mai, je propose le thème "Lumière(s)", à la fois pour saluer les beaux jours et pour revenir à l’étymologie du terme "photographie"."
    Ma photo s'est un peu imposée d'elle même en regardant mes derniers clichets. Il suffit de se promener le long des quais de la Daurade le soir pour être submergé par les lumières multicolores du Pont Neuf se réfléchissant dans la Garonne. 
    Ce thème est aussi pour moi l'occasion de mettre en lumière l'un des monuments les plus connus de Toulouse : le Pont Neuf, dont la première pierre fut posée le 8 janvier 1544. Interrompus en 1560 par les guerres de religion, les travaux furent achevés en 1632. Le pont fut inauguré par le roi Louis XIV en personne, le 19 octobre 1659. 

    Ayant résisté à toutes les crues de la Garonne, et notamment la grande inondation du 23 juin 1875 (qui fit 208 morts et plus de 1 200 maisons détruites) le Pont Neuf est aujourd'hui l'un des plus vieux de la ville.

    La photo du mois continue sur les blogs des autres participants : Akaieric, Alban, Alexinparis, Amartia, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Carole en Australie, Chat bleu, Chiffons and Co, Christophe, Cricriyom from Paris, CécileP, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, E, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, Evasion Conseil, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, J'habite à Waterford, Josette, Josiane, Julie, Kellya, KK-huète En Bretannie, Krn, La Fille de l'Air, La Suryquoise, La Tribu de Chacha, Lair_co, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Lilousoleil, Lyonelk, magda627, Magouille, Mamysoren, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nanouk, Natpiment, Nicky, Pat, Paul Marguerite, Philae, Philisine Cave, Pichipichi Japon, Pilisi, Renepaulhenry, Sous mon arbre, Testinaute, Tuxana, Ventsetvoyages, Who cares?, Xoliv', écri'turbulente.

    12 mai 2017

    Du citron dans les pois chiches

    4 commentaires
    Bien que ma mère n'en prépare jamais et que je n'aie à leur égard aucun souvenir d'enfance particulier, j'ai toujours aimé les pois chiches. Je crois que c'est mon oncle d'Espagne, qui cuisinait assez peu mais excellemment bien, qui m'avait initié à ces légumineuses à la saveur si particulière. Lui en mangeait souvent, à toutes les sauces, de toutes les manières. Et je crois que la première fois que j'en ai mangé c'était dans un plat composé de poivrons, de tomates et de chorizo. Ou peut-être pas... 

    Ce qu'il y a de formidable avec cette petite légumineuse, c'est qu'elle se plie formidablement à toutes les situations culinaires, sans se réduire à un accompagnement de seconde zone dans le couscous, ni se limiter à du houmous aussi délicieux soit-il : avec du fromage blanc et un peu de coriandre fraîche, en salade avec des tomates bien mûres, ou tout juste avec un filet d'huile d'olive et un peu de sel, en soupe, dans un tajine... L'imagination est sans limite.  

    Je crois que j'ai réalisé toute la richesse du pois chiche la première fois que j'ai franchi le seuil d'un restaurant libanais, dont l'un d'entre eux se situe non loin de chez moi et dans lequel j'aime à m'arrêter, ne serait-ce que pour me rassasier la rétine sur les très (très !) jolis vendeurs garantis AOC qui se bousculent derrière les étals. Le genre de garçon au teint de cuivre, à la chevelure d'ébène et au sourire renversant, capable de provoquer une augmentation incontrôlable de la température en même temps qu'une fracture du nef optique. Une connaissance, à qui j'avais recommandé l'établissement, m'envoie d'ailleurs un message de gratitude à chaque fois qu'il s'y rend. Les inépuisables plaisirs de l'Orient que voulez-vous... 

    Pour en revenir à mes pois chiches, j'en avais acheté une petite boîte pour mon repas de ce vendredi midi. J'avais aussi acheté un citron vert, pour les en arroser, et du maquereau fumé au poivre, parce que c'est très bon, le maquereau fumé. Venue l'heure de la pause, je déballe dans le petit local qui nous sert de cuisine tout mon attirail culinaire sur un coin de table, rince mes pois chiches à l'eau claire puis, empoignant un demi-citron, les arrose de jus frais pressé à la main. Simple, rapide, efficace, délicieux.

    C'est alors qu'une collègue qui partageait le local cuisine avec moi, se mit à m'observer, incrédule, comme si j'étais en train d'autopsier la créature de Roswell. Sans comprendre pourquoi, je la voyais perdue, en pleine rupture du continuum espace-temps. Avec une authentique sincérité toute auréolée de la naïveté la plus prosaïque, elle ne tarda pas à me poser cette question que je crus sur le moment ne pas comprendre : 
    - Tu mets du citron sur tes pois chiches ? 
    Un peu déstabilisé par cette question qui me laissait, l'espace d'un instant, empli d'une insondable perplexitude - oui je mets bien présentement du jus de citron sur mes pois chiches - j'ai dû la regarder à mon tour aussi étrangement que si je l'avais vue tremper sa tartine de rillettes et cornichons dans un bol de café au lait ou si elle m'avait demandé de lui expliquer les équations de Scherrer.
    - Ben, oui... répondis-je. Tu les manges comment tes pois chiches ? 
    - Ha ben j'en mange pas souvent. Mais avec du citron je n'aurais jamais eu l'idée.
    Je n'en aurais jamais eu l'idée ?  Mais enfin, songeai-je pris de vertiges, c'est comme mettre du vinaigre dans sa salade : ce n'est pas une question d'idée, cela relève de la simple évidence... Je vous assure qu'à ce moment précis j'ai regardé mes pieds afin de vérifier que le sol n'était pas en train de se dérober.

    Et elle d'interpeller aussitôt une autre collègue qui passait par là pour lui montrer que je mangeais mes pois chiches froids avec du jus de citron (du jus de citron !) et de l'interroger sur ce sujet hautement intriguant : 
    - Tu savais toi qu'on pouvait mettre du citron sur les pois chiches ?
    J'aurais probablement été moins désarçonné si elle lui avait demandé la définition de la constante d'Avogadro.
    - Hé non, je ne savais pas... répondit l'autre visiblement étonnée par cette nouvelle.
    J'aurais probablement été moins désarçonné si elle lui avait répondu que la constante d'Avogadro est le nombre d’entités élémentaires contenues une mole de ces mêmes entités, la mole étant elle-même définie comme la quantité de matière d’un système contenant autant d’entités élémentaires qu’il y a d’atomes dans 0,012 Kg de carbone 12.

    Manger des pois chiches avec du jus de citron doit donc relever de l'exotisme le plus excentrique. Heureusement ne m'ont-elles encore jamais vu manger mon petit salé aux lentilles froid, à même la boîte.

    Laissons-leur un peu de temps, le traumatisme pourrait leur être fatal.

    8 mai 2017

    Un quinquennat pour rien ?

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    Soulagement. Le pronostic n'était certes pas très risqué malgré l'incertitude des reports de voix et l'importance du vote blanc que je persiste à croire irresponsable, mais c'est désormais chose faite : Emmanuel Macron sera notre président de la République jusqu'en 2022.

    Avec un score de 66,10% des voix il renvoie Marine le Pen à la niche de l'opposition d'où elle pourra grogner à loisir, ce dont elle ne se privera pas, entre deux rendez-vous chez les juges qui l'attendent pour prendre le thé. Du même coup c'est Nicolas Dupont-Aignan et son ralliement aussi nauséabond qu'opportuniste qui est jeté dans la géhenne d'où on espère pouvoir l'entendre grincer des dents chaque jour du prochain mandat. 

    La victoire sur l'obscurantisme du F-Haine, dont le débat de l'entre deux tours a montré le véritable visage, sans pour autant affecter les intentions de vote des convaincus, n'est pourtant pas éclatante.

    Emmanuel Macron ne recueille en effet "que" 66% des voix là où Chirac en 2002 en avait récolté 82%. Par un nécessaire jeu de pleins et de déliés, il faut bien voir que le F-Haine en recueille près de 34% ce qui constitue un score sans précédent pour ce parti. La défaite leur est belle, très belle... Et cela est terrifiant d'admettre qu'un tiers des Français a voté pour ces idées.

    Ainsi, non seulement le parti reconduit ses voix du premier tour, mais il en gagne de nouvelles. Une partie en vient sans trop de doutes de Dupont-Aignan, mais pas seulement. Le fameux "plafond de verre" que l'on brandit comme une fatalité pour ce parti, se fait chaque fois plus haut. Il est dont totalement fou, comme j'ai pu le lire hier soir ici ou là, de se moquer et d'écrire que Marine et ses idéologies toxiques ne gouverneront jamais la France. Je crois, au contraire, que le danger est plus grand que jamais.

    Emmanuel Macron a donc cinq ans pour réformer le pays, lui redonner un souffle un peu trop court depuis maintenant trop longtemps et, peut-être surtout, lui redonner de l'espoir en lui permettant de croire en lui et en ses forces vives. Un mandat n'y suffira évidemment pas. Il y faudra du temps, beaucoup de temps. Pour reprendre la question qui lui était posée par un auditeur à la radio il y a quelques jours, la responsabilité qu'il porte désormais sur ses épaules est immense : de sa réussite ou de son échec à entreprendre et mener à bien les réformes promises dépendra la vivacité de ses opposants en général et du F-Haine en particulier. La bête immonde n'est pas morte... Terrée dans sa grotte, elle prépare, n'en doutons pas, sa riposte. 

    Car le second acte de cette présidentielle sera maintenant les législatives. Fort de son tissu local qui n'a jamais été aussi fort qu'à présent, le F-Haine risque de faire à nouveau des scores particulièrement élevés. Et quoique absents du second tour, les grands partis traditionnels jouissent eux-aussi d'un tissu local solide qui leur assurera un certain résultat. 

    Quid d'Emmanuel Macron ? Réussira-t-il a rassembler et à dégager une majorité qui lui permettra de mener à bien les réformes promises et pour certaines attendues ? Le risque est grand de le voir pris au piège d'un blocage systématique de part et d'autre, gauche comme droite, qui embourberait toute initiative législative et réduirait de facto son mandat à cinq années d'inaction contrainte. Un quinquennat pour rien ?

    Une telle situation serait évidemment terrible car, outre le temps irrémédiablement perdu, elle rendrait d'autant plus crédibles les attaques qui ont été portées contre lui tenant à son incapacité à diriger la France ainsi qu'à l'inanité d'avoir conduit à la tête de l'Etat un homme sans expérience. Les tenants du coup de com' et de l'homme feu de paille auraient alors l'impression d'avoir raison et les espoirs à nouveaux déçus seraient trop nombreux. Gageons sincèrement qu'il n'en sera rien.

    Dans quelques jours Emmanuel Macron revêtira donc pour cinq ans les oripeaux de la République. Souhaitons-lui que l'habit présidentiel qui sera désormais le sien, ne soit également sa tunique de Nessus.

    1 mai 2017

    Life - Origine Inconnue

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    Life - Origine Inconnue
    Réalisé par Daniel Espinosa.

    Avec : Ryan Deynolds, Jake Gyllenhallm, Rebecca Ferguson...

    Genre : Film à bébête incontrôlable.

    Synopsis : À bord du Nostromo de la Station Spaciale Internationale, c'est l'euphorie générale : Jean-David du Loft 8 a annoncé ses fiançailles avec Amélia-Kévina des Anges 12, il y a du gratin de moules à midi et des échantillons tout frais provenant du sol martien viennent d'arriver pour analyses.

    Comble du bonheur, ces derniers contiennent une bactérie, première trace d'une vie extraterrestre jamais découverte, que le labo va étudier de près pour en retirer de précieux enseignements : d'où venons-nous ? Où allons-nous ? De quelle couleur est le cheval blanc de Henri IV ? Qui a volé l'orange du marchand ? Afida Turner est-elle d'origine reptilienne ? 

    Quelques guili-guilis plus tard, la bactérie se réveille sous les yeux ébahis de l'équipage qui relaye aussitôt l'info à la Terre entière via le compte Snapchat de l'ISS. C'est un grand jour pour l'humanité.

    Choyée et bien à son aise dans son nouvel habitat, la bestiole croît et se développe rapidement. Joueuse, câline, elle aime le rugby, la philosophie orientale et les nouilles au curry. Surtout, elle se montre intelligente et attachante. Un peu trop peut-être.

    Car la chose a bien compris que, pour survivre, il lui fallait faire un peu de ménage dans cette station orbitale. 

    Extraits :
    - Hooooo le joli...
    - Coutchi coutchi coutchi...!
    - Va chercher la baballe. Va !
    - Allez Youki, donne la papatte à papa.
    [Schrouïïïïk]
    - Aïe j'ai mal...
    [Kronch Kronch Kronch]
    - Oukilé le Youki ?
    - Houston on a un problème...

    L'avis de la rédaction :
    Servi par un très joli trio d'acteurs, Life m'avait dès sa bande annonce fait penser à Alien, référence absolue en la matière de bébête d'origine inconnue qui terrorise tout un équipage au milieu du silence intergalactique. 

    Clin d'oeil volontaire ou manque d'imagination, Life s'inspire en réalité de tout ce qui s'est fait de mieux en la matière. Aussi les amateurs du genre y trouveront sans difficulté des allusions directes à Alien évidemment, mais aussi au cultissime The Blob, tout en s'inspirant avec profit de l'apport esthétique incontestable que fut Gravity  s'agissant de la gestion de l'apesanteur. Des ingrédients de choix. Pourtant au cinéma comme en cuisine, si de bons ingrédients sont la base indispensable à une bonne recette, encore faut-il qu'ils soient utilisés de manière appropriée.

    Le risque était en effet celui du pastiche et de la redite inutile qui limiterait l'intérêt du film à celui d'un nanar digne d'une soiré bière-pizza. Il faut toutefois admettre que Life ne s'en sort pas trop mal et tire son épingle du jeu en livrant un cocktail original, tonique mêlant habilement science-fiction, angoisse et horreur parfois assez gore, preuve que l'on peut encore faire des films très intéressants avec des recettes anciennes.

    En conclusion :
    Sans être indispensable ni fondamentalement renouveler le genre, Life se laisse regarder avec un plaisir certain, en parvenant efficacement à tenir le spectateur en haleine, jusqu'au bout. 

    Note finale : Boîte de Pétri d'argent. 

    27 avril 2017

    Du bonheur de lire

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    "Si mes parents m’avaient permis, quand je lisais un livre, d’aller visiter la région qu’il décrivait, j’aurais cru faire un pas inestimable dans la conquête de la vérité. Car si on a la sensation d’être toujours entouré de son âme, ce n’est pas comme d’une prison immobile : plutôt on est comme emporté avec elle dans un perpétuel élan pour la dépasser, pour atteindre à l’extérieur, avec une sorte de découragement, entendant toujours autour de soi cette sonorité identique qui n’est pas écho du dehors, mais retentissement d’une vibration interne. (…).
    Enfin, en continuant à suivre du dedans au dehors les états simultanément juxtaposés dans ma conscience, et avant d’arriver jusqu’à l’horizon réel qui les enveloppait, je trouve des plaisirs d’un autre genre, celui d’être bien assis, de sentir la bonne odeur de l’air, de ne pas être dérangé par une visite : et, quand une heure sonnait au clocher de Saint-Hilaire, de voir tomber morceau par morceau ce qui de l’après-midi était déjà consommé, jusqu’à ce que j’entendisse le dernier coup qui me permettait de faire le total et après lequel le long silence qui le suivait semblait faire commencer, dans le ciel bleu, toute la partie qui m’était encore concédée pour lire jusqu’au bon dîner qu’apprêtait Françoise et qui me réconforterait des fatigues prises, pendant la lecture du livre, à la suite de son héros. Et à chaque heure il me semblait que c’étaient quelques instants seulement auparavant que la précédente avait sonné ; la plus récente venait s’inscrire tout près de l’autre dans le ciel et je ne pouvais croire que soixante minutes eussent tenu dans ce petit arc bleu qui était compris entre leurs deux marques d’or. Quelquefois même cette heure prématurée sonnait deux coups de plus que la dernière ; il y en avait donc une que je n’avais pas entendue, quelque chose qui avait eu lieu n’avait pas eu lieu pour moi ; l’intérêt de la lecture, magique comme un profond sommeil, avait donné le change à mes oreilles hallucinées et effacé la cloche d’or sur la surface azurée du silence. Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous et vous la contenez en effet pour l’avoir peu à peu contournée et enclose — tandis que je progressais dans ma lecture et que tombait la chaleur du jour — dans le cristal successif, lentement changeant et traversé de feuillages, de vos heures silencieuses, sonores, odorantes et limpides."
    Marcel Proust - Du côté de chez Swann 
    Combray - II, pp. 122-123

    24 avril 2017

    Élection présidentielle : Quel enjeu pour le second tour ?

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    Ce soir j'ai un peu mal à ma France. Le weekend s'était pourtant magnifiquement déroulé avec des gens chouettes, des rires, du soleil, un fish and chips fabuleux et des souvenirs plein la tête.

    La radio coupée, la télévision éteinte, les réseaux sociaux réduits à leur strict minimum depuis vendredi soir pour ne pas être inondé une nouvelle fois d'informations, de sondages d'opinion et autres analyses d'anticipation, j'avais réussi à me tenir loin du tumulte et de l'agitation inutiles qui précèdent une élection surtout dans le contexte particulièrement nauséabond qui a été celui de ces des 15 derniers jours.

    Et je voulais que cela dure afin de m'épargner l'angoisse des dernières minutes et de la tension montante, l'imprécision des premiers résultats, d'autant que les derniers sondages mettaient quatre candidats au coude à coude. J'ai donc, tant bien que mal, évité jusque tard dans la soirée tout contact avec l'actualité politique.

    Ayant dîné en ville, j'avais, chemin faisant, eu quelques éléments de réponse à la grande interrogation du soir : qui serait au second tour ? La place du Capitole était en effet complètement bloquée aux quatre coins par des cordons de CRS qui évacuaient les lieux  tout en en interdisant l'accès. Étrange image... Jamais je n'avais vu cela. C'est finalement en rentrant chez moi à 22h30 qu'allumant ma télévision j'ai découvert le résultat.

    Le second tour verra donc s'affronter Emmanuel Macron, en tête au premier tour, et Marine Le Pen qui le talonne de peu. Adieu François Fillon qui paie le juste prix de sa turpitude. Exit la gauche traditionnelle  reléguée loin derrière. La gauche dure balaie la gauche molle qui nous a gouverné ces cinq dernières années. Les grands partis traditionnels se voient donc exclus du second tour de l'élection présidentielle. Stupeur et tremblements. Le travail de reconstruction sera considérable. Ce résultat est historique. Je ne sais s'il faut en pleurer ou s'en réjouir. 

    C'est en tout cas un véritable camouflet pour l'architecture classique de la vie politique française en même temps d'un fort message d'inquiétude dont il faudra évidemment tenir compte dans les années à venir si l'on ne veut pas que la vague bleu marine qui se fait tous les cinq ans plus ferme, ne se transforme jour en tsunami. 

    Emmanuel Macron crée une percée extraordinaire et bouleverse encore une fois le château de cartes que l'on croyait inébranlable. Un score élevé du candidat était prévisible. Était-il toutefois réellement prêt à assumer le rôle qui lui est maintenant dévolu ? Car il n'y a pas énormément de risques à affirmer dès aujourd'hui qu'il sera notre prochain président de la République...

    L'effrayant est évidemment de constater que les extrêmes s'installent fermement en France et que les idées du Front national sont bien ancrées.On le redoutait. Et pourtant les faits sont tristement là : cette élection a des relents de 2002. Voir le Front National encore une fois accéder au second tour de l'élection présidentielle fait quand même bien mal au cul. Cumulé avec les voix de Dupont-Aignan cela fait quand même pas loin de 27 % des électeurs qui ont voté au profit d'idées d'extrême droite. Cet électorat répond toujours massivement présent à l'appel, ce qui en est tout autant la force que la limite.

    Dès lors les calculs sont vite faits : le plafond de verre est là qui empêchera sans grand mal le FHaine de l'emporter. Un second tour sans grande suspense, donc...

    Mais ce soir comme en 2002, j'ai mal à ma France.

    20 avril 2017

    Hésitation finale

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    Cela fait des mois que cela dure. Des mois qu'on les regarde sous toutes les coutures, qu'on les compare en jaugeant les avantages des uns et des autres, leurs inconvénients, par rapport à ce que l'on ressent, à ce dont on a envie et à ce que l'on ne veut pas, aussi. 

    Des mois l'on se pose dix mille questions, qu'on en choisit un et puis que, finalement on se dit que non, ce serait peut-être mieux l'autre, et que... pfff au fond on n'en sait plus rien. 

    Car la pléthore du choix tue le choix. 

    Entre les options traditionnelles et celles que l'on nous promet plus "modernes", la lutte est inégale. Le cœur ou la raison ? La raison ou le cœur ? Et pourtant il faudra choisir, décider. Trancher. 

    Le jour venu il n'y aura pas tellement de possibilités de tergiversations supplémentaires. Le cœur palpitant face à l'offre, il faudra arrêter son choix et en assumer les conséquences. Un choix et un seul. 

    Choisir c'est renoncer, un peu.

    Et une fois le processus lancé, il sera trop tard pour se raviser. Il faudra faire avec. Pendant quelques années.

    Pour ma part je pensais avoir trouvé, mon choix était arrêté. Il me semblait clair et cohérent. Et puis l'autre jour, Paf ! voilà-t-y pas que je me mets à douter face à une autre possibilité ma foi fort séduisante, remettant tout en question. Du coup, c'est reparti pour un tour : comparer, regarder, imaginer... C'est épuisant. 

    Pourtant d'habitude je me décide assez vite et j'ai les idées plutôt claires. Mais pas cette fois-ci. 

    Oui, c'est une chose parfois difficile que de choisir le prochain coloris de sa chambre...  

    15 avril 2017

    La photo du mois : A travers

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    Bonjour à tous, nous sommes le 15 Avril et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois-ci a été choisi par KK-huète En Bretannie qui nous propose de plancher sur : A travers et nous donne les indications suivantes :
    "découvrir, voir, remarquer, passer à travers ... tout ce qui peut se faire à travers"
    Ma photo a été prise il y a 15 jours sur les bords de la Loire à Nantes, fort belle ville que je découvrais en bonne compagnie.


    Au premier plan, il s'agit des fameux Anneaux de Buren qui jalonnent les quais des Antilles, sur l'île de Nantes. Un endroit très chouette où il fait bon aller se promener dès que le soleil pointe le bout de son nez.

    A travers le premier d'entre eux s'élève le célèbre dôme de l'église Notre Dame de Bon Port, l'un des symboles architecturaux de la ville, outre les maisons bancales que l'on distingues également sur la droite, toujours à travers les anneaux.

    Comme toujours, la photo du mois continue à travers les autres blogs participants :

    Akaieric, Alban, Alexinparis, Amartia, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Carolyne, Chat bleu, Chiffons and Co, Christophe, CécileP, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, E, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, Evasion Conseil, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Je suis partie voyager, Josette, Josiane, Kellya, KK-huète En Bretannie, Krn, La Fille de l'Air, La Suryquoise, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Lilousoleil, Luckasetmoi, Lyonelk, magda627, Mamysoren, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nanouk, Natpiment, Nicky, Pat, Paul Marguerite, Philae, Philisine Cave, Pichipichi Japon, Pilisi, Renepaulhenry, Sous mon arbreTestinaute, The Beauty is in the Walking, Tuxana, Who cares?, Xoliv', écri'turbulente.

    13 avril 2017

    La soupe aux lentilles

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    Ce soir maman a préparé de la soupe. De la soupe aux lentilles. Je déteste ça, la soupe aux lentilles. Au moins autant que son ragoût de chou rouge au vinaigre qui empeste l'ammoniac lorsque qu'elle entrouvre le four pour l'arroser, chaque demi-heure. Ha... ce ragoût de chou rouge. Je n'ai jamais pu en avaler plus d'une bouchée. Mais ce soir c'est vendredi. Jour de la soupe aux lentille. Je hais la soupe aux lentilles. 

    Au milieu de la table en formica orange, sous le néon blafard du plafond, trône l'imposante marmite d'aluminium un peu cabossée par les années et noircie par la flamme. Un fin entrefilet vaporeux s'en échappe qui tapisse la pièce de cette odeur si particulière. L'odeur de la soupe aux lentilles.

    Papa ne l'aimait pas lui non plus, cette soupe aux lentilles. C'est probablement pour cela qu'il s'est barré avec une autre. Pauvre type. On ne l'a jamais revu. On n'a jamais cherché à le revoir. Il s'est pendu un soir de septembre dans son garage. C'est ce que m'a dit ma maman un beau jour. Moi, je m'en foutais. Il ne faisait de toute façon plus partie de mon existence. En avait-il seulement jamais fait réellement partie ? Depuis, je vis seul avec maman, dans cet appartement sordide où il ne se passe rigoureusement rien.

    De la vieille télévision cathodique à coins arrondis placée dans un angle de la pièce, jaillissent les rires forcés d'une émission sensément populaire où tout le monde est joyeux sur ordonnance. Je déteste cette émission débile au moins autant que la soupe aux lentilles. Je ne reconnais d'ailleurs aucun des people qui gesticulent lourdement pour faire s'égosiller un public hilare déjà acquis à leur cause. Bande de cons ! 

    L'homme me répugne souvent. Lui et sa laideur. Sa méchanceté gratuite. Son impatience outrancière et sa bêtise crasse. Les gens et leur passivité. Des geignards. Des moutons. Les gens sont des abrutis.

    Un petit courant d'air poisseux fait frissonner le voilage blanc jusqu'alors immobile qui dissimule maladroitement la seule fenêtre entrouverte donnant sur la rue. Au-dehors, l'air est encore suffocant. Je meurs de chaud. Et cette putain de soupe aux lentilles n'arrange rien. Une goutte de sueur perle derrière mon oreille puis s'étire le long de mon cou, avant d'aller se perdre dans le creux de mon épaule. J'ai le front moite. Du haut de notre huitième étage, les gaz d'échappement de la circulation encore dense malgré la nuit tombante, nous parviennent par vagues nauséabondes. Au loin, des klaxons se répondent en un concert grotesque de grognements mécaniques. L'air pue et je pue avec lui.

    Cuillerée après cuillerée, je mange ma soupe chaude à reculons, la grimace aux lèvres. J'ai malheureusement faim. Assise en face de moi, maman ne dit rien. Au milieu de mon assiette Arcopal à grosses fleurs bleues, parmi la bouillie infâme des lentilles trop cuites, flotte un  bout de carotte molle. Ramollies elles aussi par les trois heures de cuisson rituelles, se détachant de leur peau que je m'amuse à triturer entre mes canines, les petites lentilles marron se dissolvent sous ma langue en une diarrhée farineuse.

    D'ailleurs ce sont elles, les peaux, qui me donnent des gaz terribles à m'en faire péter les intestins. Saloperie. Je hais les lentilles.

    De temps à autre un petit bout de viande filandreuse vient animer cette monotonie culinaire. Maman a pour habitude de mettre dans sa marmite un gros os de bœuf afin de conférer à ce marasme de platitude son parfum si insupportable de viande bouillie pour chien. Un comble : nous n'avons jamais eu de chien.

    Mon assiette est presque vide. Murée dans son mutisme, impassible dans son ensemble orange aussi vieillot que le papier peint vert à carreaux de notre triste salle à manger, maman ne décoche pas un mot. Son assiette tiédissante est toujours pleine. Elle ne me regarde même pas.

    Un nouveau courant d'air tiède parcourant la pièce fait se hérisser les poils de mes avant-bras. Le temps est en train de tourner à l'orage. La pluie salutaire s'en vient. Le voilage blanc de la fenêtre se soulève. Il danse mollement en une chaotique ronde fantomatique. Attaché à sa tringle annelée, il ne peut s'enfuir, malgré les tentatives désespérées de se libérer de son carcan et de s'en aller par la fenêtre, se jeter par dessus bord. Par dessus bord... J'aimerais parfois me foutre par dessus bord. Sauter. Fermer les yeux et laisser la gravité faire le reste. Tomber comme une merde et m'exploser la boyasse trente mètres plus bas. N'être plus rien qu'un amas de chairs difformes. Plus rien. J'imagine alors la tête ahurie des passants devant mon corps disloqué, pissant le sang. Ha ha... ce qu'ils auraient l'air con !    

    Au dehors une ambulance traverse le quartier à toute berzingue. Les sirènes hurlantes vomissent leur pin-pon obscène à la face des trottoirs gris. Je souris.

    J'ai fini mon assiette de soupe. Je ne me resservirai pas, évidemment. Me levant je débarrasse mon coin de table et dépose machinalement mes couverts à la cuisine dans l'évier blanc dont l'émail est constellé d’accrocs. 

    Me grattant nonchalamment l'entrejambe sans la moindre pudeur, la main dans le caleçon que je porte pour unique vêtement, j'asperge cette vaisselle d'une giclée de produit vaisselle rose et fais couler sans trop faire attention un peu d'eau chaude. Je laverai tout cela plus tard. 

    Maman, elle, n'a pas fini son assiette. Elle n'y a même pas touché. Figée dans son effroi, les bras ballants, sa bouche dessine une grimace hideuse. Les fines boucles grisonnantes de ses cheveux ondoient sur sa tête immobile. Je baille lourdement. Je suis crevé. Désormais rien ne presse.

    Ce soir, j'ai tué maman.

    ***
    Récit librement inspiré par l'ambiance de Tom's Diner de Suzanne Vega 

    8 avril 2017

    Sur la piste des Cromlechs de la montagne d'Espiau

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    Aujourd'hui je vous emmène sur la piste des cromlechs de la montagne d'Espiau, dans les Pyrénées.

    Les cromlechs sont des alignements mégalithiques protohistoriques, autrement dit des alignements de pierres d'assez gros volume, généralement disposés en cercle.

    Datés d'entre 2000 et 3000 avant notre ère, leur fonction exacte demeure inconnue. D'après ce que j'ai pu lire, on leur attribue une fonction funéraire doublée d'une fonction d'observation du ciel. Le plus connu d'entre tous les cromlechs, et certainement le plus spectaculaire, est celui de Stonehenge. Ceux que je suis allé voir n'en ont ni l'élégance ni la majesté. Qu'importe... ayant appris leur existence - à portée de chaussure de randonneur - tout récemment, il m'était difficile de ne pas aller sur place à la première occasion.


    Le départ se fait à Saint Aventin, petit village de pierres situé au dessus de Luchon, dans les Pyrénées. Un lieu hors du temps, au milieu des montagnes et des estives où gambadent isards, vaches et moutons.


    La balade commence par le chemin qui longe l'église. Une très belle petite église romane du XIe siècle qui présente la particularité de posséder deux clochers. Comme c'est souvent le cas dans les Pyrénées, j'en avais déjà parlé pour l'église Saint Juste de Valcabrère, les constructions romaines et préromaines implantées dans toute la région ont souvent servi de matériaux de pour d'autres bâtiment. Aussi peut-on observer ici et là des fragments de bas-reliefs d'une toute autre époque incrustés dans les murs.

    Le tympan situé au dessus du porche, représentant le Christ entouré des quatre évangélistes, ainsi que les chapiteaux illustrant différents épisodes bibliques ou encore une splendide vierge à l'enfant, méritent que l'on s'y attarde un petit peu. Je suis toujours admiratif par ces témoignages de dévotion populaire la richesse incroyable des détails sur ces petites églises qui sont de véritables joyaux, surtout en plein cœur de nulle part, ici où l'accès devait être, jusqu'à encore récemment, toute une aventure...


    Le chemin commence par le sentier balisé n°60. On s'éloigne peu à peu de Saint Aventin tandis que se déploie un paysage encore engourdi par l'hiver. Les cimes sont encore bien enneigées et les pentes herbeuses n'ont pas encore recouvré leur verdeur.


    Le sentier bifurque ensuite vers le n°77 balisé en jaune. La promenade dominicale vire à l'ascension : une petite heure de montée non-stop pour un dénivelé de 400 mètres. Le paysage change peu à peu, la végétation basse laissant place aux prairies.


    Malgré le soleil, le vent est frais et je ne regrette pas de m'être encombré d'un coupe-vent molletonné.

    Les moutons sont déjà là. Béééé par-ci, béééé par-là... ils n'ont pas l'air d'être dérangés pas le vent froid, eux.


    Un peu plus loin c'est un groupe d'isards que j'aperçois. Ils me regardent, je les regarde, nous nous observons mutuellement. Ils n'ont pas l'air de bien comprendre ce qu'est cette grosse bête en face d'eux. 

    Le vent venant de face, ils n'ont pas perçu mon odeur. Je continue à m'approcher. Je n'en ai jamais vu d'aussi près. Puis les voilà qui détalent à toutes pattes en direction d'un petit bois. Je les reverrai plus tard mais de beaucoup plus loin, sur le chemin du retour.


    C'est fascinant de penser qu'en ces mêmes lieux, plutôt hostiles, l'homme était déjà présent il y a 4000 ans et qu'il y croisait déjà des isards, les mêmes que ceux que je viens de photographier.

    Je n'ai en revanche croisé aucun ours. Le seul présent sur place tenait l'appareil photo...

    Quelques efforts plus tard me voici arrivé aux cromlechs, situés tout en hauteur, offrant un superbe panorama sur les cimes et vallées environnantes. 


    Comme je l'indiquais au début de ce billet, ces cromlechs n'ont rien de particulièrement ostentatoire. De grosses pierres réunies en cercles de un à deux mètres de diamètre et dont on perçoit que la répartition n'est pas le fruit du hasard mais celui du travail de l'homme, 5000 ans en arrière.

    C'est fou comme il suffit parfois de peu de choses pour voyager loin... Un voyage dans le temps en l'occurrence. Et je trouve extrêmement touchant ces petit signes du passé, trois fois rien, quelques cailloux rassemblés au milieu des immensités montagneuses qui, pourtant, nous parlent de nous, de ce que nous avons été et qui, quelque part, nous interrogent sur ce que nous sommes devenus. C'est étourdissant lorsque l'on y pense...


    Ici rien n'a significativement changé depuis ces temps lointains, si ce n'est les rares petits villages ramassés qui ont poussé  autour de leur église et dont j'entends au loin, de temps à autre, sonner la cloche fêlée égrenant les heures.

    Et nous, que laisserons nous de notre époque que l'on viendra admirer dans 5000 ans ?


    Du fond de la vallée monte une série de tintements sourds. C'est la voix éraillée de la cloche du village d'en contre-bas et que j'entrevois au loin qui annonce cinq heures.

    Il est temps pour moi d'abandonner les cromlechs à leur éternité et de rebrousser chemin.