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  • 16 avril 2018

    Le Minotaure

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    C'est presque toujours la même chose, au début. Le même processus d'apprentissage, rejoué chaque fois comme si c’était la première. Les mêmes angoisses, les mêmes craintes. La même envie, aussi. Celle de plaire, notamment, et de trouver dans le regard de l'autre un espace de liberté.

    Un désir mêlé de peur. Celle d'être regardé vraiment, d'affronter ce regard étranger qui se pose et d'y faire face, tel un miroir. Crainte que ces yeux ne percent à travers l'insondable forteresse cathare, qu'un rai de lumière ne traverse la muraille puis ne nous désarme, alors que l'on est si bien à l'ombre, tapis au cœur du sombre labyrinthe à épier ce qu'il se passe au dehors sans rien laisser filtrer de ce qu'il se passe au dedans. 

    En effet les déconvenues de ces dernières deux années - un ex qui vivait une relation triangulaire malsaine dont je ne saurai jamais exactement la nature exacte, avec un "colocataire" tout aussi malsain, puis la frayeur subie l'automne dernier sur laquelle je ne reviendrai pas davantage - n'ont fait que la consolider de plusieurs mètres d'épaisseur supplémentaires. Celle-là qui, aujourd'hui, est parfaitement au point et me permet que personne ne m'approche de trop près ni trop longtemps sans que je ne l'y aie dûment autorisé.

    Halte-là, je suis le Minotaure. 
    Loin de moi, Thésée.
    Arrière, n'approche pas.
    Je ne veux point souffrir avant d'avoir vécu ce que tu aurais à m'offrir.
    Ignore-moi.
    Je te suis inaccessible. 


    Et puis...
     
    Parfois la muraille se fendille instantanément avant même d'avoir pu s'installer.
    Le risque change de nature et devient celui d'accepter l'autre dans son altérité, dans sa différence.

    S'apprivoiser.
    Tisser le fil d'Ariane.

    Courir le risque d'être heureux.
    Peut-être.
    Tout est à construire.
    Tout est à bâtir.

    Est-ce si dangereux pour que je me le refuse ?

    15 avril 2018

    La photo du mois : La tête dans les étoiles

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    Avril est de retour, la première des roses de ses lèvres mi-closes rit aux premiers beaux jours... Nous voici déjà le 15 avril, il est midi et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois-ci a été choisi par Alice Wonderland qui nous propose de plancher sur La tête dans les étoiles.

    Bien qu'il m'ait tout de suite parlé, marcher le nez dans les étoiles étant l'un de mes passe-temps préférés, ce sujet m'a donné beaucoup de fil à retordre. Initialement je voulais faire une photo du ciel, de nuit, sauf que le ciel d'hiver et la météo pluvieuse de ces derniers temps n'y ont pas du tout été propices. Bon...

    La tête dans les étoiles, c'est aussi une expression de rêveur. Et la encore, je suis un grand rêveur devant l’éternel...

    Alors, pour ma photo du mois, je suis allé fouiller dans mes archives et suis tombé sur cette photo prise alors que j'habitais Montréal, lors du féerique Jardin des Lumières au jardin botanique. Une photo qui allie magie de la nuit et magie du rêve. 
    Oui, on peut dire que ce soir-là j'avais, au propre comme au figuré, la tête dans les étoiles.

    6 avril 2018

    Le destin d'une vie - Relisons Stefan Sweig

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    "Car l'enthousiasme est chez les jeunes gens comme une maladie infectieuse. Dans une classe, il se transmet de l'un à l'autre à l'instar de la rougeole ou de la scarlatine, et comme les néophytes, avec leur orgueil ostentatoire et enfant, cherchent à surpasser le plus rapidement possible les autres par leur savoir, chacun pousse autrui de l'avant. C'est pourquoi, en fait, la direction particulière que prend leur passion n'est plus ou moins qu'un effet de hasard : s'il se trouve dans une classe un collectionneur de timbres-poste, il y aura bientôt une douzaine de fous pour l'imiter, si trois d'entre eux sont épris des danseuses, tous les autres irons se camper jour après jour devant l'entrée des artistes de l'Opéra. Trois ans après la nôtre, il y eut une classe enragée de football ; une de celles qui nous avaient précédés s'enthousiasmait pour le socialisme de Tolstoï. Le fait que je me trouvais parmi des camarades fanatiques des beaux-arts a peut-être déterminé l'orientation de toute ma vie"


    Stefan Sweig, Le Monde d'hier, Souvenirs d'un Européen (1941)
    Ed. belfond, pp. 59-60.



    3 avril 2018

    Le nez dans les cailloux

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    Lorsque j'étais gamin et que j'allais à l'école primaire, un monsieur était venu nous parler de la préhistoire en classe. Je n'ai aucun souvenir particulier de ce qu'il avait pu nous raconter ce jour-là, s’il nous avait parlé de l'homme de Cro-Magnon et des grottes de Lascaux, de quelque fresque rupestre, de la chasse au mammouth ou de je ne sais quoi encore…

    Cependant, la seule chose dont je me souvienne véritablement, c'est qu'il nous avait apporté un certain nombre de cailloux d'apparence parfaitement anodine et qui, pourtant, racontaient toute une histoire à qui savait les interpréter : quelques silex taillés, trouvés je ne sais plus où, et surtout des cailloux plats et ronds, comme les galets que l'on trouve par milliers dans la vallée de la Garonne. Ceux-ci avaient la particularité d’être munis de deux encoches diamétralement opposées. Des cailloux destinés à lester les filets de pêche dans les cours d'eau qui sillonnent les alentours et dont se servaient les hommes préhistoriques qui vivaient là, avant nous. 

    Cette découverte m'avait littéralement fasciné. Et ce monsieur de nous expliquer qu’il avait trouvé ces fameux cailloux dans un champ, à quelques kilomètres de notre école. Habitant moi aussi à un jet de pierre de là, qui plus est au milieu des champs, apprendre que sous mes pieds pouvaient dormir des cailloux vieux de plusieurs milliers d'années façonnés par la main de l'homme à qui ils avaient pu servir, voilà qui ne relevait pas de l'ordinaire. En effet la vallée de la Garonne est connue pour être un lieu d'habitat ancien puisqu'on a retrouvé plusieurs traces ici et là de présence humaine préhistorique, parfois fort anciennes.

    De retour à la maison, il ne dût pas se passer plus de quelques jours avant que je ne me mette à la recherche de ces fameux cailloux à encoches, au grand dam de ma mère qui, plus d’une fois, tentât de me décourager de mes investigations paléoanthropologiques. Bien entendu je ne l’écoutais pas, persistant à parcourir prairies, champs et chemins les yeux rivés sur la pointe de mes chaussures, parcourant les hectares de terres paternelles, déterrant et retournant le moindre galet pour en vérifier la forme. Et par deux fois mes recherches furent couronnées d’un franc succès, faisant taire à jamais les railleries maternelles.

    La première découverte fut l’une de ces fameuses pierres munies d’encoches. Là encore je ne me souviens pas vraiment du contexte mais je suis à peu près certain de l’avoir ramené à bout de bras comme l’on tient une sainte relique, puis l’avoir montrée à ma mère qui dût, de par la force même de l’évidence, s’imposant tel Moïse au pied du mont Horeb remettant les Tables de la Loi au peuple d'Israël, admettre une bonne fois pour toute que j’avais raison.

    Galvanisé par cet inexpugnable coup d’éclat, mes recherches, il est vrai parfaitement empiriques, se poursuivirent au gré des saisons. La seconde découverte, qui demeure à ce jour la plus belle, devait survenir plus tard, peut-être un an ou deux après la première. 

    Au détour d'un chemin, je tombais nez à nez avec une pierre oblongue à la structure très inhabituelle. Deux encoches profondes opposées, mais également des sillons en arc sur l’un des côtés. Qu’était-ce exactement, je n’en savais alors rien et les livres à ma disposition dans ma bibliothèques étaient trop évasifs sur le sujet pour en percer le mystère. Alors, après les avoir probablement pas mal embêtés avec ça, mes parents appelèrent puis me conduisirent chez le fameux monsieur qui, lorsque j'étais gamin, était venu faire son intervention à l'école. Car il se trouvait que, par l'un de ces hasards extraordinaires que nul n'expliquera jamais si ce n'est par la force du Destin auquel certains veulent bien croire, cette personne était une de leurs connaissances lointaines... Par un beau dimanche après-midi je lui apportai donc fièrement mon caillou, afin qu'il l'identifie, espérant que ma trouvaille fut à la hauteur de la première. Sa réponse devait dépasser toutes mes attentes.

    Il s'agissait bel et bien d'une pierre taillée, et non pas comme l’avait suggéré mon sceptique de père, d’un coup heureux de la charrue. En l’occurrence, j’avais trouvé une hache primitive. Et de me montrer, dans sa collection personnelle, quelques exemples qu'il avait lui-même récoltés et dont il avait reconstitué le manche à l'aide d'une branche de noisetier fendue et d'un peu de corde nouée aux extrémités afin de maintenir le tout en place. Je crois que rarement de ma vie je n'ai été aussi fier que ce jour-là !

    Cette hache, de ce genre-ci, je la possède encore dans une armoire chez mes parents avec son manche de noisetier que j'ai à mon tour reconstitué en suivant le modèle de mon aîné. Elle n'a rien d'extraordinairement décoratif mais il faudra peut-être que je la fasse encadrer pour la mettre en valeur, dans une jolie boîte américaine sans doute.

    Depuis lors, je n’ai jamais cessé, lorsque je me promène à la campagne, d'avoir les yeux rivés au sol afin de voir si cette pierre que je vois là-bas derrière une motte de terre, ou celle-ci à moitié enfouie, ne serait pas pourvue d’encoches ou mieux encore serait taillée sur une de ses faces. Plonger ses yeux dans les pierres et les vieux cailloux, c’est un peu - à l'image des cromlech d'Espiau qui nous regardent du haut de leurs milliers d'années - grimper sur les épaules de nos ancêtres et plonger ses yeux dans l’infini du ciel. Un autre infini, moins abstrait. 

    Ce que l’on y voit atteste de ce qui n’est plus mais demeurera visible bien longtemps après nous, à qui sait ouvrir les yeux.

    27 mars 2018

    Bientôt hiberning

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    Dormir... Dormir dix heures d'affilée deux jours de suite, et ne rien faire entre les deux, sinon traînasser dans un plaid devant la télévision à regarder des séries. J'en rêve !

    Cela fait presque quatre semaines que je bosse sans vraiment m'arrêter, pas même le weekend.

    Des urgences de boulot à gérer jusqu'à vendredi, des copies à corriger, environ 250 en quinze jours... cela fait longtemps que cela ne m'était pas arrivé d'en avoir autant. Des dimanches studieux qui se terminent tard le soir alors qu'il faut se lever tôt le lendemain matin, et encore plus tôt depuis le weekend dernier en raison du passage à l'heure d'été. Non, vraiment, ce changement d'heure est pour moi un désastre sanitaire chaque année. C'est simple, il me faut une semaine pour me mettre dans le rythme et réussir à me lever le matin dans des conditions à peu près normales.

    Bref, encore quelques jours et mon agenda devrait s'alléger un peu. Ha ben non en fait : la semaine prochaine s'annonce tout aussi chargée. Merde... Quoi qu'il en soit, le weekend qui arrive sera l'occasion d'une hibernation express.

    Et puis weekend de Pâques oblige, ce sera certainement l'occasion d'aller manger un bout d'omelette géante (le manging d'omeletting, une activité totalement disruptive dans la Start-Up Nation), histoire de reprendre des forces qui abandonnent mon petit corps fragile. Si seulement j'en ai assez pour me traîner jusque là...

    23 mars 2018

    J'ai rêvé de lui

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    La nuit dernière j'ai rêvé de lui. Cela ne m'était pas arrivé depuis... d'ailleurs je ne sais même pas si cela m'était arrivé auparavant. Oui, c'est peut-être la première fois, alors qu'il n'y avait à cela aucune raison particulière.

    Un rêve en noir et blanc, fait rare pour être noté, mes songes étant souvent très colorés et fourmillants de détails. Celui-ci au contraire était très dépouillé, très simple. Un plan rapproché coupé un peu haut.

    Un rêve très bref, presque subliminal. Quelques secondes à peine qui m'ont pourtant permis de reconnaître sans équivoque son visage et son regard, même si tout cela est maintenant loin derrière moi, derrière nous.

    Un rêve très doux durant lequel il eut à peine le temps de me prendre dans ses bras et de m'embrasser au bas de la joue. Un baiser tout en tendresse, plein d'affection.

    Rien de plus.

    J'ai presque envie de lui écrire un sms pour savoir s'il va bien, s'il n'y avait pas là-dedans une sorte d'appel prémonitoire... ce que je ne crois pas.

    Mais sait-on jamais ?


    ***
    Édit du 24 mars :
    Je lui ai envoyé un sms. 
    Il rentre de voyage, il va bien :)

    20 mars 2018

    A la mi-carême

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    I

    Le carnaval s’en va, les roses vont éclore ;
    Sur les flancs des coteaux déjà court le gazon.
    Cependant du plaisir la frileuse saison
    Sous ses grelots légers rit et voltige encore,
    Tandis que, soulevant les voiles de l’aurore,
    Le Printemps inquiet paraît à l’horizon.

    II

    Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire ;
    Bien que le laboureur le craigne justement,
    L’univers y renaît ; il est vrai que le vent,
    La pluie et le soleil s’y disputent l’empire.
    Qu’y faire ? Au temps des fleurs, le monde est un enfant ;
    C’est sa première larme et son premier sourire.

    III

    C’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir
    L’anémone sauvage aux corolles tremblantes.
    Les femmes et les fleurs appellent le zéphyr ;
    Et du fond des boudoirs les belles indolentes,
    Balançant mollement leurs tailles nonchalantes,
    Sous les vieux marronniers commencent à venir.

    IV

    C’est alors que les bals, plus joyeux et plus rares,
    Prolongent plus longtemps leurs dernières fanfares ;
    À ce bruit qui nous quitte, on court avec ardeur ;
    La valseuse se livre avec plus de langueur :
    Les yeux sont plus hardis, les lèvres moins avares,
    La lassitude enivre, et l’amour vient au cœur.

    V

    S’il est vrai qu’ici-bas l’adieu de ce qu’on aime
    Soit un si doux chagrin qu’on en voudrait mourir,
    C’est dans le mois de mars, c’est à la mi-carême,
    Qu’au sortir d’un souper un enfant du plaisir
    Sur la valse et l’amour devrait faire un poème,
    Et saluer gaiement ses dieux prêts à partir.

    (...)

    Alfred de Musset, A la mi-carême

    15 mars 2018

    La Photo du mois : Ding-Dong

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    Ding-Dong ! Nous sommes déjà le 15 mars, il est midi et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois-ci a été choisi par J'habite à Waterford qui nous propose de plancher sur "Ding-Dong" en nous donnant les indications suivantes :

    "La petite chose qui vous réveille, vous tire de votre rêverie,
    vous annonce qu'il est temps de passer à autre chose,
    au sens propre, ou figuré, au passé, ou au présent
    ".
    Pour une fois, ce thème fut très simple à traiter dans la mesure où, en effet, mes journées sont rythmées par les cloches de la basilique Saint Sernin située à quelques dizaines de mètres de mon bureau et dont la sonnerie retentit dans tout le vieux centre-ville. La Basilique, qui est aussi essentielle à Toulouse que ne l'est la Garonne et sans laquelle, à l'instar du nez de Cléopâtre, si elle avait été plus courte, la face de Toulouse en aurait été changée.

    Ma photo, sortie des archives, fut donc prise en septembre dernier :


    Je ne me lasserai jamais de la somptueuse basilique Saint Sernin et de ses cloches qui sonnent non seulement les heures, mais également tous les quarts d'heure, au son de l'Ave Maria de Lourdes, dont la composition serait attribuée au toulousain Pierre Kunc, frère d'Aimé Kunc.

    Le premier quart d'heure entonne les premières mesures de la célèbre mélodie, une grappe de cloches qui tintinnabulent gaiment. Le second y ajoute quelques notes supplémentaires et ainsi de suite, jusqu'à l'heure suivante où l'hymne glorieux reparaît dans sa totalité, suivie d'une série de battements lourds et bas, imprimant l'heure exacte tout le long de la rue du Taur jusqu'à la place du Capitole, et plus loin au Nord jusqu'à la place Arnaud Bernard d'où la flèche émerge au loin en vigile éternelle par dessus les toits.

    Et parfois, perdu dans mon travail, certaines des sonneries m'échappent, comme si le temps avait passé trop vite, ce qui me fait toujours penser à ce passage de Proust se souvenant, avec une douce nostalgie, de ses heures de lectures dans le jardin de Combray :
    " Et à chaque heure il me semblait que c’étaient quelques instants seulement auparavant que la précédente avait sonné ; la plus récente venait s’inscrire tout près de l’autre dans le ciel et je ne pouvais croire que soixante minutes eussent tenu dans ce petit arc bleu qui était compris entre leurs deux marques d’or. Quelquefois même cette heure prématurée sonnait deux coups de plus que la dernière ; il y en avait donc une que je n’avais pas entendue, quelque chose qui avait eu lieu n’avait pas eu lieu pour moi (...)."
    Qu'est-ce qui fait Ding-Dong chez les autres participants à la photo du mois de mars ?

    9 mars 2018

    9 mars 2018

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    Le mois de février est passé à toute allure. Je n'ai rien vu... hormis du froid, de la grisaille, de la pluie à n'en plus finir et une parure de neige beaucoup trop éphémère pour satisfaire mes yeux d'enfant.

    Voici venu le temps de mars, du redoux et du printemps qu'il me tarde de revoir tellement je n'en puis plus de l'hiver et de son cortège lugubre d'arbres décharnés. Il me faut du soleil, de la lumière, la verdeur des jeunes pousses et l'odeur fraîche des bourgeons qui éclosent.

    Pouvoir à nouveau gambader dans les montagnes à la quête de je ne sais encore quel sommet, et revivre cet émerveillement perpétuel de l'immensité crénelée s'étendre à l'infini sous mes yeux me manque terriblement. Oui, vivement.

    En attendant je croule sous le boulot en ce moment. Des copies dans tous les sens, des urgences de la mort et des clients qui jouent à l'homme invisible, ce qui est super pratique pour faire avancer le schmilblick... C'est dingue.

    A propos de tout autre chose, ma balance décline progressivement. Chaque semaine l'aiguille rouge se fixe sur un nombre inférieur au précédent. Me faire suivre par un nutritionniste a probablement été l'une de mes très bonnes résolutions de ce début d'année. Je ne pensais pas que ce serait si "facile". Non pas que tout se passe d'un coup de baguette magique, il s'en fait de beaucoup, mais le fait est qu'avec de la rigueur et un minimum de motivation, les choses avancent proprement. Alimentation rééquilibrée, répartition stratégique des repas, encas le matin et l'après midi, du sport. Et les résultats sont là. Mes jeans grandissent, mes costumes se font plus confortables, le souffle revient... Peu à peu je me sens mieux et c'est très encourageant.

    Étant blessé au pied, ce qui m'empêche de courir et de m'entraîner au rugby, je me suis mis à la natation en compagnie d'un ami et de l'une de ses connaissances très bien faite de sa personne, ce qui ne gâche rien. Nous nous motivons mutuellement au rythme de deux à trois séances par semaines. La dernière fois que j'avais un tantinet pratiqué cette activité, c'était au Québec. Et je dois dire que c'est une activité fort agréable. Agréable pour le corps, car l'activité est douce, sans chocs, sans agressivité mais crevante malgré tout. Également agréable pour les yeux car l'on y croise nombre de fort jolis garçons très aimables de leur physique et que l'on peut observer en toute impunité... Si en effet le rugby peut avoir une certaine attractivité pour son homo-érotisme testostéroné, la natation ne se déshonore pas le moins du monde bénéficiant de cette sensualité si particulière des corps dénudés et luisants, propre au milieu aquatique. Ah ! La belle activité que la natation...

    Vendredi, la semaine s'achève théoriquement bientôt pour laisser place au weekend. Le mien sera studieux. Très. Trop pour un seul Tambour Major. Je me console en me disant que cela devrait aller mieux dans une quinzaine de jours.

    Ma vie presque ordinaire.  

    23 février 2018

    Mon premier Gâteau à la Broche

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    Parmi les choses étranges qui attirent inévitablement le regard, le gâteau à la broche se pose évidemment là. Je me souviens que tout petit déjà j'étais intrigué par la forme de ce gâteau et je crois que ce n'est qu'assez tardivement que j'en ai mangé pour la première fois. Et autant vous le dire tout de suite, pour ceux qui l'ignoraient encore : j'adore ça ! 

    Selon ce que j'ai pu lire ici ou là sur le net, l'origine du gâteau à la broche est très discutée : une tradition l'attribue au maître pâtissier du roi de Prusse qui l'aurait créé dans les années 1790 à Salzwedel. L’histoire et la légende veulent que ce soient des soldats de Napoléon, de retour de campagne en Europe du Nord, qui auraient ramené sur leurs terres recettes et gâteaux.

    En effet, on retrouve ce type de gâteau un peu partout en Europe. Ainsi en Allemagne, il est appelé baumkuchen - « gâteau arbre », traditionnellement préparé pendant les soirées d'hiver dans les pays de montagnes. C'est un gâteau festif qui sert à saluer les grands événements de la vie : mariages, baptêmes.

    Le gâteau à la broche est aussi connu dans de nombreux pays d'Europe sous différentes formes. Le Trayne Roste est une variété anglaise du Moyen Âge confectionné notamment à partir de figues, dattes et d'épices embrochées et qui sont enrobées de pâte à gâteau cuite à la cheminée. On le rencontre aussi en Hongrie (kürtőskalács), en Suède (spettekaka - littéralement "gâteau à la broche" en suédois), en Pologne (sękacz), en Lituanie (šakotis) ou encore sous une variante dont il ne conserve que le principe de cuisson en République tchèque (trdelník).

    En France, le gâteau à la broche est présent dans le Massif central et dans les Pyrénées. La tradition du gâteau à la broche est particulièrement répandue dans l'Aveyron et dans les Hautes-Pyrénées où siège la Confrérie du Gâteau à la Broche, sise à Arreau et qui organise chaque année, en juillet, une fête du gâteau à la broche. 

    Cela faisait très longtemps que j'avais envie d'apprendre à en faire, par simple plaisir et curiosité scientifique. Par le hasard des discussions et des rencontres, c'est grâce à l'ami @TarVal (à qui j'emprunte une bonne partie des photos qui illustrent ce billet et qui avait live-twitté les opérations) c'est désormais chose faite.

    Me voici donc début janvier dernier, au fin fond des Pyrénées, à quelques kilomètres de Arreau, pour réaliser mon premier gâteau à la broche. Hé bien autant vous dire que, même si ce n'est pas très compliqué, ce n'est pas non-plus du gâteau ! 

    Allez, viendez, j'vous montre.

    Recette du Gâteau à la Broche


    Pour environ 4Kg de pâte (oui, 4 Kg parce que vu le travail que c'est, quand on y est, on en fait !) :
    • 24 œufs
    • 1 Kg de sucre
    • 1 Kg de farine
    • 1 Kg de beurre
    • Du rhum (beaucoup)
    • De la patience (pas mal : comptez une à deux heures par gâteau).
    Il vous faudra également un moule spécial en l'occurrence un cône de bois monté sur une broche mobile, ainsi qu'un foyer qui fera cuire votre gâteau. Oui, ça se mérite un gâteau à la broche !

    La première étape consiste à préparer la pâte.

    1/ Tout d'abord, séparez les blancs des jaunes d’œufs, blanchissez les 24 jaunes avec le sucre, montez les blancs et faites fondre le beurre.


    2/ Ensuite, ajoutez la farine dans le mélange oeufs/sucre. Et un peu (beaucoup) de rhum pour le parfum (un tiers de litre est un minimum pour commencer). L’esprit de Maïté est avec nous.


    3/ Une fois la pâte devenue homogène, ajoutez le beurre fondu par parties et incorporez à la masse. Bon, nous on a fait ça à la main, à l'ancienne (sauf les œufs, qui ont été fouettés et levés avec un batteur électrique). Mais avec un robot mélangeur cela doit être un peu plus facile, si tant est que le bol supporte les 4 Kg de préparation...


    4/ Enfin, incorporez les blancs d’œufs en neige en soulevant bien avec une cuillère en bois pour ajouter de l'air (vous avez remarqué qu'il n'y a pas de levure dans cette recette).


    Et bien sûr on goûte à la fin, pour être sûr qu'il ne faille pas rajouter un peu de rhum. Hein ? Si si, on  en rajoute, et pas qu'un peu... Vas-y, lève bien le coude.

    Voilà, notre pâte est à présent prête, il faut désormais s'attaquer à la phase deux.

    La seconde étape consiste en la cuisson du gâteau à proprement parler, et c'est là que les choses commencent à se gâter...

    Préparer un gâteau à la broche nécessite un minimum d'équipement que ni vous ni moi n'avons spontanément à domicile, à savoir : une cheminée suffisamment haute ou un foyer vertical doté d'un porte broche, ainsi que le fameux cône de bois monté sur axe, spécialement destiné à la fabrication dudit gâteau. 


    Pour commencer, on chemise le cône de papier sulfurisé puis on le place devant le foyer pour le faire chauffer afin que la première couche de pâte adhère.

    On met également un peu de pâte dans la lèchefrite pour la détendre, qu'elle soit fluide lorsqu'on la versera sur la broche, et pour récupérer les eslcapous qui couleront inévitablement. C'est en effet uniquement de la pâte préalablement tiédie au lèchefrite que l'on versera sur la broche.


    Tout en tournant ni trop vite ni trop lentement, on verse de la pâte pour former la première couche.

    La préparation du gâteau à la broche consiste en effet à alterner les phases de cuisson, qui se font entièrement à l’œil et au jugé, et les phases où l'on coule la pâte pour recouvrir la couche précédente de pâte crue, en couche assez épaisse pour que le gâteau grandisse mais pas trop non plus pour que la cuisson puisse se faire de manière homogène. 


    Comme la chaleur est très intense, la pâte cuit presque instantanément puis prend une belle couleur plus ou moins uniforme.

    Ça sent super bon le gâteau et le cochon rôti aussi, car la main à quelques centimètres du foyer en prend pour son grade... Mais tourner coût que coûte, petit scarabée, tu dois. Quelques secondes d'inattention et ton gâteau tout cramé sera !


    Couche après couche, tourné lentement devant les flammes, le gâteau prend forme.

    Pour assurer une cuisson relativement uniforme et surtout éviter que la base ne reste crue et que le gâteau ne s'effondre lamentablement une fois dressé, il faut constamment jouer avec la distance du foyer, rapprocher une extrémité, éloigner l'autre, tout en tournant continuellement et en laissant la pâte prendre entre deux couches. 

    Si une couche n'est pas assez cuite, le gâteau risque d'exploser sous son propre poids (les deux gros que nous avons réalisés ce jour là pesaient environ 1,5Kg chacun, si ma mémoire est bonne).
     

    Normalement, à partir de la 7e ou 8e couche, on tourne la broche plus vite pour que, par gravité, se forment des stalactites qui habituellement hérissent le gâteau à la broche de nos contrées. Bon, là c'était mon tout premier, j'avais un peu de mal car ce n'est pas aussi facile qu'il n'y paraît !

    Une fois le gâteau parvenu à une taille conséquente, soit environ une bonne dizaine de couches, on le sort délicatement du foyer puis on le place à refroidir avant de le démouler.


    Pour le démoulage, avec un couteau on dégage la base que l'on taille de manière à obtenir un plan à peu près horizontal, ainsi que le sommet pour permettre au gâteau de glisser le long du cône, sans le casser !

    Puis on le fait glisser lentement, avec moult précautions, et on le dispose dans un plat. 
    Tadaaaaaaaaaaaaam !


    Et voilà le travail ! Celui-ci c'est le second, réalisé dans la foulée du premier. Certes il n'est pas aussi pimpant que ceux tout "branchus" que l'on voit dans les magasins et sur les marchés, mais c'est moi qui l'ait fait et, pour le coup, tout seul comme un grand. Autant vous dire que j'étais fier comme Artaban !

    Alors, oui, préparer un gâteau à la broche, c'est long. Oui, cela demande une attention constante et un investissement personnel un peu plus coriace que la préparation d'un simple quatre-quart ou d'un cheese-cake. Mais le plaisir de préparer ce gâteau n'est semblable à aucun autre.

    Et puis, c'est tellement bon, le gâteau à la broche !

    Encore un grand merci à @TarVal (son blog ici
    pour cette belle expérience qui m'a permis de joliment commencer l'année.

    19 février 2018

    Un anniversaire, un voyage, des souvenirs et un peu de Nietzsche

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    Dans quatre mois tout pile j'aurai changé de dizaine pour atteinte la quarantaine. Diantre, que le temps passe. Et dire que je me souviens encore très bien de la soirée de mes trente, comme si c'était hier. J'en avais d'ailleurs fait un billet que je viens de relire avec une certaine forme de vertige. 

    Ecrire régulièrement depuis tout ce temps donne une profondeur inédite à l'expérience du blog. Se relire, se remémorer, remettre les choses dans leur contexte... Jamais je ne me serais douté de la richesse - et des coups de blues, que peut apporter un journal personnel.

    Changement de dizaine donc, qu'il me faut organiser avec une grande fête, le temps d'un week-end. J'ai déjà une petite idée de ce qu'il sera : simple et convivial. Avec des amis, évidemment. Par bonheur, le mois de juin est propice à de belles journées, ce qui ne devrait pas rendre les choses trop compliquées. Voilà en tout cas un projet auquel il faut que je commence à m'atteler.

    J'en ai déjà parlé ici mais cela fait un moment que je n'ai pas fait de grand voyage et je crois que cette année sera l'occasion de marquer le coup. Là encore j'ai plusieurs idées qu'il me faut concrétiser. Pourquoi ne pas aller en Asie, en direction de l'Indonésie, ou du Cambodge pour aller découvrir de mes propres yeux Ankgor Vat ? Ou bien peut-être reprendre la direction de l'Amérique du Sud pour faire le tour de l'Uruguay que j'avais eu l'occasion d'effleurer lorsque j'habitais Buenos Aires

    En écrivant ces mots, je me rends compte de quelle chance incroyable j'ai bénéficié en y vivant six mois. Là encore, la relecture de ces billets me procure un léger vertige, comme si ce n'était pas ma vie. Et pourtant...

    Prendre les choses en mains, me projeter, j'y vois le signe que tout va plutôt bien en ce moment, que mon esprit est libre pour se préoccuper d'autres choses que le travail dans lequel je réussis enfin à trouver une forme de satisfaction. Il était temps.

    Vivre intensément, comme je l'écrivais en septembre dernier. Vivre pleinement, et mettre chaque opportunité à profit pour faire de nouvelles choses, rencontrer de nouvelles personnes et revoir celles qui nous sont chères. Oser vivre ses folies également, et les assumer même si elles nous coûtent (ceci est un message subliminal à un lecteur) parce qu'au final elles nous grandissent en nous apprenant sur nous-même, au-delà de toute espérance. 

    Pour conclure ce billet ma foi complètement décousu mais qui a le mérite d'exister, je suis tombé la semaine dernière sur une citation de tonton Nietzsche qui m'a beaucoup interpellé, énormément plu et qui résume à elle seule une grande part de ma pensée en ce domaine :
    "L'expérience, ce n'est pas ce qui arrive à un homme, c'est ce qu'un homme fait avec ce qui lui arrive
     Je vous laisse y réfléchir.

     


    15 février 2018

    La photo du mois : Constraste(s)

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    Nous sommes déjà le 15 Août et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois de février a été choisi par Philisine Cave qui nous propose de plancher sur Contraste(s).

    Ses indications étaient les suivantes :
    "On peut interpréter le mot sur la forme (son sens photographique : propriété intrinsèque d'une image qui quantifie la différence de luminosité entre ses parties claires et sombres) ou sur le fond (deux éléments de l'image pourraient symboliser une opposition : la présence de l'un fait ressortir celle de l'autre) ou bien sur les deux ou bien sur tout autre chose (le mot Contraste autorise plein de métaphores). Voilà, voilà ! A vous de jouer!"
    Bon, je ne sais pas si ma photo est exactement dans le thème... et ce dernier mois fut plutôt bien  rempli, ne me laissant que peu de temps pour réfléchir à ce joli sujet.

    Mais plutôt que de noyer le poisson en sortant une nouvelle photo de Le Chat en train de contraster dare-dare sur le canapé (il contraste aussi bien qu'il non-gyroscopise, c'est dire !) je vous propose cette photo-ci, prise un soir que la pluie faisait si bien luire les rues.


    10 février 2018

    Dans les bois

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    Tennis lacés, écouteurs rivés aux oreilles, Julie était prête. La Twingo garée en bordure de route le long d'une haie sauvage, et quoique encore engourdie par une courte nuit de sommeil, elle s’élança en trottinant sur le petit chemin de terre bordé de vignes sur lequel elle avait ses habitudes.

    Un petit vent frais faisait chanter les arbres, dissipant du même coup, par mèches vaporeuses, le fin duvet de brouillard cotonneux qui flottait encore devant un horizon à peine rougeoyant. Dans le silence de l'aurore frémissante, un groupe de canards, haut dans le ciel, marquait l'azur immaculé d'un v caractéristique. Encore une ravissante journée d'octobre pleine de lumière qui s'annonçait. Un temps idéal pour aller courir avant une longue journée de travail.

    Respirant à pleins poumons, l'effort commençant à faire chauffer chacun de ses muscles, Julie ressentait avec bonheur l'air glacé pénétrer ses narines, parcourir ses sinus en un flux puissant, puis descendre le long de sa tachée envahir ses poumons et gonfler chacune de ses alvéoles, avant de ressortir, en deux secousses profondes, expulsé par la bouche. Elle aimait vraiment cette sensation, presque douloureuse au début et pourtant tellement apaisante.

    Un, deux, inspire.
    Trois, quatre, expire.

    Un, deux, inspire.
    Trois, quatre, expire.

    Elle n'avait jamais réussi à expirer sur trois foulées, comme le lui avaient pourtant appris ses professeurs d'éducation physique au collège. Son rythme à elle c'était deux et deux. Et ça lui allait très bien. C'était ainsi qu'elle courait et qu'elle avalait les kilomètres, à petite foulée.

    Après avoir serpenté un moment au milieu des vignes, le chemin s'enfonçait progressivement dans la forêt. Une belle forêt de grands arbres dont les bras s'étiraient vers le ciel et dont la chevelure dorée se répandait alors en tapis moelleux le long de la piste. Aussitôt l'air se fit plus capiteux et la respiration un peu plus difficile. Calant sont pas sur le rythme de la musique, Julie avançait sans relâche. Elle connaissait le trajet par cœur. Environ une heure pour en faire le tour. Après le bois, une prairie où paissaient souvent des vaches, ensuite au croisement il fallait prendre à droite et filer tout droit à travers un verger de pommiers, puis retour au point de départ à travers les vignes en passant devant le vieil if. Mais avant cela, il fallait affronter une petite montée à travers les charmes et les châtaigniers dont les bogues à moitié éventrées jonchaient le sol.

    Un, deux, inspire.
    Trois, quatre, expire.

    Dans sa poitrine, son cœur se contractait avec vigueur. L'air frais ne l'incommodait plus du tout. A chaque foulée impulsée avec énergie, ses pieds s'ancraient fermement dans le sol. Désormais son organisme tournait à plein régime. Quelle formidable machine que le corps humain. Au loin, un gros écureuil roux jouait à cache-cache en sautant de branche en branche, presque invisible dans la frondaison orangée. Pas le temps de traîner, il fallait rester concentrée sur son souffle et ne pas écouter le corps qui souffre.

    Un, deux inspire...

    Brusquement, avant même qu'elle n'ait pu réaliser ce qui lui arrivait, Julie se retrouva étendue de tout son long dans les feuilles, face contre terre. Étourdie par cette chute, un peu désorientée, Julie resta allongée quelques secondes avant de comprendre ce qu'il venait de lui arriver. La vache, quelle gamelle ! songea-t-elle... Prenant appui sur ses mains, elle redressa lentement le buste puis se mit sur ses genoux. Une douleur sourde au poignet droit la faisait souffrir. Sûrement une petite foulure. Son sweat gris clair était déchiré au niveau du coude d'où perlait un peu de sang. Rien de grave. Le morne croassement d'un corbeau esseulé rompit la quiétude des bois bercés par le chuchotement des feuilles roussies. Retrouvant progressivement un semblant de contenance, Julie se rendit compte qu'elle avait perdu son iPod dans sa chute. Merde, l'iPod !

    Cherchant à tâtons autour d'elle, une grosse branche affleurait du manteau de feuilles. Voilà ce avait dû la faire trébucher. Grattant sommairement avec les ongles pour la mettre à jour, c'est un tout autre genre d'écorce qui apparut sous la fine couche de terre humide : un sweater gris clair flanqué d'un liseré rose. Julie fut prise d'un puissant mouvement de recul. Ce qu'elle avait d'abord pris pour une branche n'en était pas une, mais un membre. Quelqu'un était en enfoui là-dessous, elle en était persuadée. Montant du bas de ses épaules vers sa nuque, un vertige puissant la fit chanceler. Mais en dépit de cet effroi et de son irrépressible envie de partir à toutes jambes, et pour une raison qu'elle ne parvenait à pas à comprendre elle même, Julie ne pouvait s'en tenir à cette première constatation superficielle. S'il y avait un corps sous ces feuilles, elle devait en avoir le cœur absolument net avant de prévenir des secours.

    Happée par le désir de savoir, elle ne maîtrisait plus rien, ivre d'une sorte de folie incontrôlable qui coordonnait ses gestes sans qu'elle en eut conscience. Désormais à quatre pattes sur le bord de la piste, Julie dégageait et extirpait à pleines mains cette masse inerte enfouie sous l'humus gras, fourmillant d'insectes fuyant sous la lumière. C'était bien un être humain dont, rapidement, tout le bras et une partie du buste furent exhumés. Il ne fallut guère plus de temps pour que, bientôt, à peine dissimulé sous les feuilles, émergea un visage inanimé. Julie s'arrêta un instant, tremblante, le souffle coupé, en proie à une panique inénarrable. Elle avait reconnu instantanément cette paire de boucles d'oreilles quelle avait eu l'habitude de porter, et ces cheveux châtains, longs et fins, quelle avait l'habitude de coiffer chaque soir. Son cœur allait exploser dans sa poitrine.

    Rompant la quiétude feutrée du jour naissant, un hurlement inhumain transperça la forêt de part en part. Car le corps inanimé que Julie voyait étendu devant elle, c'était le sien.

    7 février 2018

    Vieillir

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    J'ai peur de vieillir. Sentir son corps qui ne répond plus aussi bien qu'avant, ses capacités intellectuelles peu à peu s'émousser. Avoir les articulations qui flanchent, un peu d'arthrose. Ne plus être capable de se débrouiller seul, pour se préparer à manger, se laver, s'habiller, rester digne...

    Je ne parle pas d'une faiblesse de l'esprit ni de ce qu'être jeune soit une attitude volontaire, qu'il suffise de porter des vêtements à la mode et de lire Gala en sirotant une menthe à l'eau pour bénéficier d'un effet jouvence Non. Je parle d'un vieillissement métabolique, lent, irrépressible, qui fait que l'on meurt tous un jour.

    Avoir vu mes deux grand-mères diminuer sous mes yeux d'années en années, alitées suite à un accident vasculaire cérébral qui leur aura fait perdre leur mobilité, a laissé des traces, des images, des souvenirs. 

    Finirai-je ainsi ? 

    A leur avantage, elles avaient autour d'elles une famille aimante, dévouée, qui se relayait pour les assister. Elles sont mortes chez elles, au milieu des leurs. Elles n'ont pas eu à subir un mouroir à peine salubre ou une maison de retraite impersonnelle dont on sait le manque chronique de moyens, encore récemment dénoncé à coups de manifestations. Comme je les comprends. Comme je partage leur désarroi de ne pas être en mesure de fournir aux personnes âgées le minimum de temps et d'humanité dont elles ont pourtant besoin.

    Moi qui n'aurai vraisemblablement pas d'enfants pour s'occuper de moi lorsque mes os seront trop vieux, qui le fera ? Dans quelles conditions ? Serai-je l'un de ces vieux fous édenté, au visage buriné par les ans, à qui l'on donnera la becquée ?

    De même, voir mes parents prendre de l'âge ne me réjouit guère. Mon père qui, bien que toujours actif, adopte progressivement un rythme de petit père tranquille. Ma mère qui, chroniquement s'inquiète de tout (car selon sa petite logique Shadock à elle, il vaut mieux s'inquiéter et qu'il ne se passe rien, plutôt que de ne pas s'inquiéter et qu'il se passe quelque chose !) se convainc qu'elle est déjà une petite vieille alors qu'elle n'a pas encore deux fois trente-trois printemps...

    "On ne peut s'empêcher de vieillir mais on peut s'empêcher de devenir vieux", aurait écrit Henri Matisse.

    Le temps passe. Et nous avec.

    Vienne la nuit sonne l'heure
    Les jours s'en vont je demeure

    4 février 2018

    Moëlleux

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    Si je devais donner un qualificatif à mon weekend, moëlleux serait certainement le plus approprié.

    Un weekend à la montagne, dans le confort rustique d'une veille maison de pierres aux murs inégaux.

    Deux jours en bonne compagnie, remplis de douceur, de rires et du bien-être vaporeux d'un après-midi passé à prendre soin de soi, entre la chaleur enveloppante d'un hamam réconfortant et du bain à remous vivifiant.

    Une parenthèse toute en noursitude, au milieu des sapins déguisés de blanc, faite de tendresse partagée, de bétites complices et de crêpes savourées le soir au coin du feu.

    Un weekend moëlleux et reposant, où tout est simple et qui fait beaucoup, beaucoup de bien.

    19 janvier 2018

    Noël est bien fini

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    Noël et son cortège de réjouissances sont désormais derrière nous, déjà... J'ai donc défait mon sapin et rangé les décorations dans un carton qui attendra onze mois pour ressortir du cellier où il attend sagement. Je n'aime pas défaire le sapin. Cela véhicule à chaque fois un flot de nostalgie, comme si, avec lui, c'était une part d'enfance et d'insouciance qui était remisée. Défaire le sapin et revenir aux réalités des grandes personnes, aux soucis qui émaillent notre quotidien, au jeu social dans lequel chacun tient son rôle.

    J'en ai déjà parlé par le passé mais j'aime vraiment mon appartement. J'ai enfin trouvé comment dégager toute une partie du salon d'une ombre coriace. Désormais la lumière y est belle de jour, le soir et de nuit. Surtout que, depuis cette semaine, un petit citronnier orne le salon, tenant compagnie aux autres plantes vertes. Ses petites fleurs parfument délicatement un petit périmètre autour de lui, c'est exquisément agréable.

    Parfois j'aurais envie d'en changer, de déménager, pour renouveler mon environnement, pour changer de quartier, pour avoir un balcon plus grand... Cela fait mine de rien près de dix ans que j'y habite. Et pourtant malgré toutes ses petites imperfections, je l'aime beaucoup. Il me ressemble. J'en ai fait, au fil des années, mon chez-moi où je me sens terriblement bien.

    Demain je dois me rendre dans un gros magasin de bricolage acheter de nouveaux radiateurs électriques pour mon appartement et changer mes vieux grille-pain complètement obsolètes. Cela représente beaucoup d'argent mais je traîne depuis plusieurs années. Il est temps de passer à l'action et de changer tout cela, pour me sentir bien chez moi. J'irai avec un copain que j'apprécie beaucoup, un peu trop peut-être, même si je sais que je n'en dois rien attendre. C'est lui qui s'est spontanément proposé de m'accompagner. Et comme il est plutôt bricoleur avisé, ses conseils seront les bienvenus.

    Noël est bel et bien fini. Les semaines passent et ne se ressemblent pas. Peu à peu je renoue avec un certain plaisir de travailler que j'avais totalement perdu. Ces jours-ci encore, alors que je me rendais au bureau, je repensais à cette angoisse vissée au ventre qui me nouait les tripes lorsque je cheminais en direction des locaux de ma connasse de boss. Une boule qui vous envahit, vous noue la gorge, s'immisce dans vos membres et vous épuise mentalement sans que vous n'ayez rien pu faire. Une armure trop lourde à porter pour parer les coups faciles et immérités que je recevais à longueur de temps.

    Aujourd'hui, quoique les raisons ont complètement disparu, il est encore des relents qui me tenaillent de temps à autre. Cela ne dure jamais très longtemps, mais le seul fait que ces réminiscences existent me montre à quel point j'étais mal et combien certaines blessures ne sont pas encore guéries presque six mois après.

    Professionnellement les choses se mettent en place progressivement. Je suis assez content. J'aime mon nouveau lieu de travail et apprécie les gens que j'y côtoie qui me traitent en égal. Cela aussi c'est un net progrès. Preuve que cela va plutôt bien, je me suis acheté ce matin un petit bouquet de tulipes rouges pour mettre sur mon bureau. Une petite coquetterie qui fait du bien. C'est toujours ça de pris.

    Être bien dans son travail, être bien chez soi... c'est déjà pas mal.
    Noël est fini, mais la vie continue. Et c'est très bien ainsi. 

    15 janvier 2018

    La photo du mois : Festivités

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    Bonjour à tous, nous somme le 15 janvier, et c'est notre premier rendez-vous mensuel avec la photo du mois  pour cette année 2018. 

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Ce mois-ci  nous propose le thème Festivités et nous donne les indications suivantes :
    J'ai été désignée pour le thème de Janvier 2018 ce sera : "festivités" dans la joie et l'allégresse, événements publics, ou familial, les réjouissances en tout genre ne manquent pas dans une année.  Allez hop : soyons fou bonne année 2018.

    Le sujet ayant été donné juste avant les fêtes de fin d'année, il a été relativement facile de faire la photo que voici, prise lors de quelques jours passés au creux des Alpes, au pied des montagnes.


    Les festivités continuent sur les autres blogs participants à la photo du mois : Akaieric, Alexinparis, Amartia, Angélique, Aude, Betty, BiGBuGS, Blogoth67, Bubble gones, Cara, Carolyne, Chat bleu, Chiffons and Co, Christophe, Cricriyom from Paris, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Josiane, Julia, Kellya, Krn, La Fille de l'Air, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Lilousoleil, Lyonelk, magda627, Magouille, Mamysoren, Marie-Paule, Memories from anywhere, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nicky, Pat, Philae, Philisine Cave, Pilisi, Renepaulhenry, Sandrin, Sous mon arbre, Ventsetvoyages, Who cares?, Wolverine, Xoliv', écri'turbulente.

    11 janvier 2018

    L'attente du point final

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    Je crois que, sans le vouloir, j'ai écrit l'amorce d'une nouvelle. Cela fait longtemps que j'ai envie d'en écrire une qui est déjà toute composée dans ma tête mais ce n'est pas par celle-là que j'ai commencé.

    Il devait s'agir au départ de raconter quelque chose qui m'est arrivé l'autre soir en rentrant de vacances alors que je conduisais sous la pluie battante. Quelque chose a titillé mon imagination. J'ai eu envie de le raconter en transformant un peu les choses, en leur donnant une ampleur au-delà de la réalité triviale des choses. Comme un ballon de baudruche que l'on gonfle, qui se dilate et que l'on ferait se déformer en appuyant ici où là.

    J'ai donc couché sur mon écran ce petit récit que je croyait pouvoir faire tenir en quelques lignes. En faire une sorte d'introduction à un écrit plus vaste dont j'aurais laissé chacun libre d'imaginer la suite. Un récit libre comme j'en ai déjà publié quelques uns (comme celui-ci ou dans un autre genre celui-là), juste pour le plaisir de planter un décors et de me retirer à pas feutrés pour le laisser s'épanouir au gré de l'imagination de chacun. 

    Sauf qu'une fois écrit, j'ai eu envie de le laisser reposer un peu et de ne pas le publier tout de suite pour le laisser mûrir et grandir. Je l'ai fait relire. Je l'ai corrigé et en ai réécrit certains passages plusieurs fois. Il y en a seulement trois pages. C'est peu. J'hésite à le publier tout de suite. 

    Ma première idée était de ne lui donner aucune suite. Et puis... je me rends compte que je me laisse prendre au jeu. J'aime bien mon personnage. J'aime bien l'ambiance que j'ai créée. J'aime certaines ambigüités textuelles involontaires qui permettent parfois plusieurs niveaux de lecture. Elles m'ont même donné des idées pour la suite. 

    La suite... que je devrais probablement écrire car je me rends compte que j'ai moi aussi envie de savoir comment tout cela va finir. C'est peut-être l'occasion rêvée de me prêter à cet exercice devant lequel je me dérobe depuis tant  de temps.

    Alors, malgré l'envie de publier qui me brûle, j'attendrai, encore un peu.
    D'avoir écrit le point final.

    1 janvier 2018

    Bonne Année 2018 !

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    Au revoir année 2017, au revoir... Je t'espérais prospère et moëlleuse. Tu auras été traitresse, épourvante, émaillée d'embûches et de renoncements amers. 

    Non, tu n'auras pas été tout à fait telle que j'attendais.

    Oui, maintes fois tu m'auras asséné un croche-patte fourbe. Tu n'as reculé devant aucun stratagème insidieux ni coup bas pour tenter de me faire courber l'échine et me forcer à mettre genou à terre. Mais à chaque fois je me suis relevé et remis en chemin.

    Pourtant, je ne peux pas dire que je ne te regretterai pas car, en dépit des aspérités aigües qui t'ont émaillées et des chausses-trappes que tu as sû disposer sur mon chemin, tu as été l'instrument de certaines décisions qui, bien que contraintes, pourront porter du fruit, pour peu que je les investisse pleinement et les fasse désormais miennes.

    Car certains renoncement portent en délié la promesse d'une stabilité renouvelée dont j'ai fortement besoin. Il est temps de me construire, de me poser et de me réaliser, fort de tout ce que je porte en germe.

    En effet, tu m'as également apporté de très belles rencontres, de nouvelles amitiés que j'observe se consolider chaque jour, et mis sur les rails de projets notamment sportifs que je n'attendais pas et dans lesquels je sais pouvoir trouver une forme d'épanouissement.

    À bien y regarder, et pour peu que je fasse l'effort d'oublier la grisaille du passé, de très belles choses sont désormais devant moi. L'année 2017 ainsi révolue me renvoie à cette question qui me poursuit depuis cinq ans : Et toi, que feras-tu pour que cela arrive ?

    Après l'arridité des labours et la froidure de l'hiver, puisse 2018 être l'année du printemps, des moissons et d'une voloptueuse abondance.

    C'est également ce que je vous souhaite.

    Bonne Année 2018 à tous et à chacun !